Canicules : de vrais risques économiques et sociaux en cas de non-adaptation !

8 août 2017

Sur ces deux derniers mois, la France a connu deux épisodes de chaleur particulièrement intenses. Le premier fin juin, avec des températures record enregistrées sur la quasi-totalité du territoire. La température moyenne observée le mercredi 21 juin était ainsi de 26,4°C[i] à l’échelle nationale, soit la journée de juin la plus chaude depuis 1945, avec des écarts à la normale quotidienne mesurés à plus de 15°C[ii] pour certaines villes (Le Touquet, Rouen). Un nouvel épisode caniculaire est survenu début août, touchant cette fois-ci le quart sud-est du pays. En Corse par exemple, la température n’est pas descendue en-dessous de 30°C[iii] lors de la nuit du 31 juillet au 1er août, soit la température nocturne la plus chaude depuis l’existence de relevés météorologiques.

La France et l’Europe ont bien sûr déjà connu de tels épisodes caniculaires, à l’instar de l’Espagne et du Portugal qui ont subi des fortes chaleurs trois mois avant cela, en mars 2017. Surtout, l’Europe a été confrontée à plusieurs étés particulièrement chauds depuis le début du XXIème siècle, en 2003 en Europe de l’Ouest, en 2007 dans les Balkans, en 2010 en Europe de l’Est, etc.[iv]

Pour autant, ces deux épisodes climatiques nous rappellent que les vagues de chaleur vont s’intensifier sous l’effet du réchauffement climatique avec un risque accru que les impacts humains et économiques soient accentués si aucune mesure d’adaptation n’est mise en œuvre.

Une augmentation de la fréquence et de l’intensité des vagues de chaleurs à l’échelle mondiale

Les modèles scientifiques du GIEC[v] s’accordent sur le fait que le changement climatique s’accompagnera d’une hausse vraisemblable[vi] du nombre et de l’intensité des épisodes de fortes chaleurs. Dans le scénario RCP8.5[vii], l’Europe subirait des canicules tous les deux ans à partir de 2050[viii]. En France, dans un tel scénario, la canicule de 2003 ne serait plus un point exceptionnel, mais deviendrait un cas « dans la moyenne » d’ici 2100, comme le montre le graphique ci-après[ix].

Figure 1 : Température estivale moyenne à Paris entre 1850 et 2100 (en °C)

Les conséquences sur les territoires dépendent des évolutions climatiques mais également de la vulnérabilité des pays face à un tel aléa : c’est-à-dire de leur exposition aux vagues de chaleur mais également de la sensibilité des populations au changement climatique en termes de santé, d’éducation, de dépendance agricole et d’infrastructures. Le taux d’urbanisation tend par exemple à exposer davantage un pays aux risques de canicules, par les effets d’îlots de chaleur urbains que cela induit, tandis que l’économie d’un pays sera en particulier plus sensible si l’activité économique se déroule de manière importante en extérieur (agriculture, construction, etc.). Enfin, l’analyse de vulnérabilité doit aussi prendre en compte la capacité d’adaptation des territoires (existence de plan canicule, présence d’îlots de fraicheur, etc.).

En menant une analyse multidimensionnelle de cette sorte sur l’ensemble des pays, le Pakistan, l’Inde ou encore l’Afghanistan se retrouvent parmi les pays les plus vulnérables. Les pays les moins à risques sont quant à eux tous situés en Europe du Nord (Islande, Norvège, Finlande, etc.). Si le Sud de l’Europe doit connaître un important réchauffement climatique dans les cinquante prochaines années, les pays exposés, tels que Malte, l’Italie ou la Grèce, ont développé une forte capacité d’adaptation en raison des moyens financiers dont ils disposent, ce qui diminue leur vulnérabilité[x].

Des impacts socio-économiques considérables dans tous les secteurs d’activité

Lorsque des fortes chaleurs ont lieu, nos habitudes de consommation s’adaptent : les ventes de certains produits de grande consommation tels que les glaces, les boissons, les insecticides ou les crèmes solaires explosent. Les ventes de glace ont ainsi augmenté de 70%[xi] en valeur entre le 12 et le 18 juin 2017.

De manière plus globale, les chaleurs extrêmes ont des effets considérables pour d’autres secteurs économiques. Le Sénat a ainsi évalué le coût de la canicule de 2003 entre 15 et 30 milliards d’euros[xii] (cf. graphique ci-après), avec des répercussions économiques sur une multitude de secteurs.

Les secteurs agricole et énergétique sont souvent les premiers impactés, le premier subissant davantage de pertes agricoles, tandis que le second voit les consommations d’électricité augmenter du fait notamment d’un usage accru de la climatisation. Ainsi, la canicule du mois de juin s’est traduite par un surplus de consommation de 4000 MWh[xiii], soit l’équivalent de la consommation électrique de la Bretagne en hiver.

Figure 2 : Les impacts économiques de la canicule de 2003 (graphique Carbone 4)

Le secteur du transport est également très vulnérable aux épisodes de fortes chaleurs. En cas de forts écarts de température, SNCF doit multiplier les opérations de maintenance et ralentir la vitesse de trains pour éviter l’arrachage de caténaires qui sont très sensibles à ces températures élevées. Cela induit des retards et par extension un coût financier conséquent pour SNCF.

Par ailleurs, la santé des personnes risque d’être de plus en plus affectée par l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des canicules, en particulier celle des populations les plus vulnérables (les nourrissons et les personnes âgées). Des changements dans la répartition géographique de certaines maladies sont aussi à prévoir : par exemple, le réchauffement climatique dans le Sud de l’Europe pourrait favoriser l’arrivée de moustiques porteurs de la dengue ou du Chikungunya[xiv].

Enfin, plusieurs scientifiques ont démontré l’impact significatif des canicules sur la productivité au travail. C’est le cas de l’étude[xv] de la London School of Economics (LSE), dans laquelle les auteurs évaluent l’impact économique causé par les vagues de chaleur en termes de productivité au travail dans trois villes européennes : Londres, Anvers et Bilbao.

En se basant sur le scénario RCP 8.5 du GIEC, les auteurs estiment qu’une canicule en 2100 pourrait coûter quasiment 2 milliards d’euros à Londres, avec notamment des pertes plus importantes par rapport aux autres villes pour le secteur de la construction (18% contre 4% et 6% pour Anvers et Bilbao). Néanmoins, c’est bien la ville de Bilbao qui subit en proportion les pertes économiques les plus élevées, avec un coût annuel évalué à 9,5% de la valeur ajoutée, contre 0,4% pour Londres.

Figure 3 : Coût annuel d’une canicule selon les scénarios et les horizons temporels, sur la base d’un scénario de référence de 2005 (en millions d’euros)

Évaluation des risques physiques et mise en place de stratégies d’adaptation

Face au risque d’intensification des vagues de chaleur, et aux conséquences économiques et humaines que cela induit, il est indispensable de mettre en place des stratégies et mesures d’adaptation, à l’échelle des territoires et des entreprises.

La Mairie de Paris a ainsi répertorié les « îlots de fraicheur » dans la capitale, de manière similaire aux « îlots de chaleur », afin d’encourager les habitants à privilégier ces zones en cas de fortes chaleurs. Une mesure d’adaptation que préconise l’étude de la LSE pour faire face aux vagues de chaleur est de modifier le rythme du travail (7h-11h et 17h-20h), ce qui permettrait de réduire le coût financier de plus de 700 millions d’euros pour la ville de Londres.

Néanmoins, préalablement à la mise en œuvre de plans d’adaptation, chaque ville et entreprise a intérêt à effectuer une analyse des risques physiques auxquels elles pourraient être confrontées, et possiblement selon les différents scénarios climatiques (réchauffement climatique 2°C, 4°C, etc.). Ce type d’analyses permet ainsi de se poser les bonnes questions, par exemple :

  • Ai-je un risque d’interruption de ma chaîne de production en cas d’extrême chaleur ou à l’inverse en cas de période de grand froid ?
  • Quels sont mes sites de production les plus exposés aux vagues de chaleur aujourd’hui et dans 30 ans ?
  • Quel est le seuil limite de chaleur au-dessus duquel mes conditions de production vont se détériorer ?
  • Quelles évolutions de mon marché dans un monde +2°C ?
  • Suis-je davantage soumis à des risques de sécheresse ou à des risques d’inondations ?

 

Carbone 4 dispose aujourd’hui d’une expertise reconnue pour vous accompagner dans l’évaluation des risques physiques liés au changement climatique sur votre activité. Nous vous aidons à identifier les actifs les plus à risque et à évaluer la sensibilité du système de production ou du service, avec des niveaux d’analyse modulables. Nous vous accompagnons ensuite dans la définition de votre stratégie d’adaptation avec pour objectif de renforcer la résilience et l’adaptation de votre entreprise au changement climatique.

Pour plus d’informations, n’hésitez pas à nous contacter : adaptation@carbone4.com

Article rédigé par Clément Ory, Julien Huau et Violaine Lepousez

 

[i] Météo France. http://www.meteofrance.fr/actualites/51149911-bilan-de-la-vague-de-chaleur-18-22-juin-2017.

[ii] I.d.

[iii] Météo France. http://www.meteofrance.fr/actualites/52332037-vague-de-chaleur-sur-le-sud-est

[iv] Russo and al. Top ten European heatwaves since 1950 and their occurrence in the coming decades. Environmental Research Letter. 2015.

[v] Groupe Intergouvernemental d’Experts sur le Climat (GIEC).

[vi] Ce qui correspond à une probabilité d’occurrence entre 66 et 100%. Source : Mastrandrea and al. Guidance Note for Lead Authors of the IPCC Fifth Assessment Report on Consistent Treatment of Uncertainties. IPCC. 2010.

[vii] Scénario pessimiste sans politique d’atténuation et qui conduirait à un réchauffement climatique au-delà de 4°C d’ici 2100.

[viii] European Environment Agency (EEA). Climate Change, Impacts and Vulnerability in Europe 2016. 2017.

[ix] Agence Parisienne du Climat (APC). Brochure « Le changement climatique à Paris. » 2015.

[x] Analyse issue du modèle CRIS (Climate-Risk Impact Screening) que Carbone 4 a développé pour évaluer les risques physiques pesant sur les actifs corporate, infrastructure et souverain.

[xi] LSA. Canicule : les premiers chiffres des effets sur les ventes. 2017.

[xii] Sénat. La France et les Français face à la canicule : les leçons d’une crise. 2004

[xiii] Valeurs actuelles. Météo : comment la canicule pèse sur la croissance française. 2017.

[xiv] Réseau Action Climat. Le climat change. http://leclimatchange.fr/impact-adaptation-vulnerabilite/

[xv] LSE. Climate change, heat stress and labour productivity: A cost methodology for city economies. 2016.

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