Des biocarburants : oui, mais pas n’importe comment

12 juin 2019

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Par Éloise Dulac, consultante

L’utilisation des biocarburants est une partie des solutions envisagées dans la plupart des scénarios de transition pour limiter la hausse des températures en-dessous de +2°C. Par exemple, utilisés à la fois par le secteur routier et aérien, ils permettraient une baisse d’émissions de plus de 3 GtCO2en 2050, entre les scénario 2DS (2°C compatible) et RTS (Business-As-Usual) de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) [1], notamment avec des biocarburants dits « avancés ».
Dans ce contexte, il faut savoir que la France est par exemple le plus gros producteur européen d’alcool agricole, dont une part importante sert à la production du bioéthanol [2].

En 2017, les intrants utilisés pour cette production suivaient la répartition suivante [3] :

Le bioéthanol est produit majoritairement à partir d’intrants pouvant être utilisés pour l’alimentation humaine ou animale (blé, betterave, maïs, …). Il rentre donc dans la catégorie des biocarburants de 1ère génération et n’est pas considéré comme un biocarburant « avancé », selon la terminologie retenue par l’AIE. On trouve dans la même catégorie le biodiesel qui est une huile tirée de cultures oléagineuses telles que le colza ou le tournesol.

Ces biocarburants de 1ère génération, en compétition avec les cultures alimentaires, sont très controversés pour différentes raisons. En premier lieu, leur production peut provoquer deux types de changement d’affectation des sols (CAS) :

  • Le CAS direct : des terres occupées par une forêt ou une prairie permanente sont mises en culture (plutôt en Asie, en Afrique)
  • Le CAS indirect : les terres utilisées pour la culture alimentaire sont consacrées à la culture énergétique et un report de la production alimentaire vers d’autres terres non cultivées se produit (exemple de la France)

En plus d’avoir un effet sur la biodiversité, le changement d’affectation des sols est un paramètre important pour l’estimation de l’impact climat des biocarburants. En effet, les cultures ne stockent que peu de carbone par rapport à une forêt ou une prairie primaire et ces CAS entraînent en général des émissions de carbone dans l’atmosphère. Enfin, les biocarburants de 1ère génération sont pointés du doigt pour leur responsabilité dans la volatilité du prix des céréales, indispensables à l’alimentation d’une grande partie de la population.

Si l’on s’en tient à la question climatique, à cause des difficultés d’estimation des émissions des différentes étapes du process de production (culture, de transformation, de transport), et particulièrement des émissions liées aux changements d’affectation des sols, les estimations des bénéfices en termes de GES des biocarburants sont très différentes selon les filières et les process.

Cependant, en dépit de ces incertitudes, les conclusions sont parfois suffisamment claires pour permettre au législateur de prendre des décisions fortes. Ainsi, en décembre 2018, les députés français ont voté pour que les produits à partir d’huile de palme ne soient pas considérés comme des biocarburants, notamment à cause des inquiétudes concernant la déforestation occasionnée par sa production [4].

Suite aux controverses que nous venons d’évoquer brièvement, les recherches se sont désormais orientées vers des intrants non alimentaires ou encore des déchets pour produire des biocarburants.Nous y reviendrons dans une prochaine newsletter, la galaxie des biocarburants dits « avancés » étant particulièrement vaste …

Sources:
[1] AIE
[2] Auto-Moto
[3] MTES
[4] Les Echos

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