Émissions de GES en France : une baisse en 2018 mais une situation insatisfaisante pour les transports

30 septembre 2019

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Par Aurélien Schuller – Manager

Le CITEPA, organisme de référence en matière d’inventaire de gaz à effet de serre, a publié récemment [1] une estimation des émissions françaises en 2018. Elles auraient baissé de 4% entre 2017 et 2018, soit une baisse de ~20 millions de tonnes de COéquivalent (MtCO2e). 
Il est notable que la baisse en volume se concentre principalement sur :

  • le secteur énergétique avec près de 8 MtCO2e de baisse rien que pour la production d’électricité,
  • et sur les bâtiments avec 6 MtCO2e de baisse.

Ces baisses proviennent pour partie d’un hiver qui a été plus doux en 2018 qu’en 2017.

Que penser du rythme global de réduction annuel de 4% pour l’ensemble des secteurs ? Pris tel quel, ce taux est légèrement en-dessous de la trajectoire de réduction à atteindre pour l’objectif de neutralité à l’horizon 2050, qui implique une réduction de ~5% par an à maintenir sur les 3 décennies à venir. 
Mais surtout, si la baisse en 2018 est imputable en partie à l’hiver plus doux comme l’indique le CITEPA, c’est le rythme de réduction à conditions climatiques plus « normales » qu’il faudrait jauger. Ce qui nous écarterait malheureusement encore un peu plus de la cible de 5%.

Pour le secteur des transports plus particulièrement, les données sont disponibles pour les différents modes [2] : dans l’ensemble le secteur voit ses émissions baisser modestement, avec une réduction de 2 MtCO2e, soit 1,6%. Mais cette baisse masque des disparités par mode de transport. Dans le détail on observe :

  • une baisse de 2 MtCO2e pour les voitures,
  • une baisse de 1 MtCO2e pour les utilitaires,
  • mais une hausse de près d’1 MtCO2e pour les poids lourds.

Pour les autres modes les évolutions entre 2017 et 2018 sont relativement faibles en volume, mais il est notable par exemple que le transport aérien domestique augmente de 2,6% sur la période.

Dans l’ensemble pour le secteur, la baisse est une bonne nouvelle, mais elle est encore insuffisante, d’autant qu’elle suit deux années de hausse et une période de stagnation depuis 2008. Ainsi le Haut Conseil pour le Climat a publié en juin le diagnostic de la situation de la France quant à sa trajectoire vers la neutralité carbone [3]. Les transports sont pointés du doigt comme le secteur accusant des retards importants par rapport à la trajectoire de la feuille de route climatique de la France. Rappelons d’ailleurs que le transport est le seul secteur en France qui n’a pas réduit ses émissions depuis 1990…

Ainsi les annonces se sont pas faites attendre en réaction au retard qu’a pris la transition : écotaxe sur les vols au départ de la France, réduction du remboursement partiel du gasoil du transport routier [4], obligation de part minimale de véhicules dits « à faibles émissions » pour les flottes d’entreprises [5] (ayant plus de 100 véhicules légers)… Ces projets sont loin de faire des heureux, c’est peu de le dire ! Alors gageons que la rentrée politique, notamment à l’occasion du projet de loi de finances, va être très chargée au sujet de la transition énergétique de la mobilité.

Article rédigé par Aurélien Schuller – Manager

Sources:
[1] Connaissance des énergies
[2] CITEPA, voir le fichier au format « Plan Climat » et au périmètre Kyoto
[3] Haut Conseil pour le Climat
[4] Journal de l’environnement
[5] Flottes Automobiles

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