Et si on ralentissait un peu ?

13 septembre 2019

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Par Célia Foulon – Consultante

La vitesse va de pair avec notre société moderne. Nous cherchons sans cesse à gagner en productivité, à ne pas « perdre » notre temps, et à avoir tout ce qu’on désire tout de suite. Mais quel est le coût environnemental de cette vitesse ? Est-il pertinent de continuer à accélérer la cadence ?

Les transports sont généralement pour nous une perte de temps : on aimerait arriver plus vite. Alors on appuie sur l’accélérateur. On comprend alors que la plupart des usagers de l’A62, près de Toulouse, n’aient pas accueilli d’un bon œil la limitation de la vitesse sur une portion de l’autoroute, passant à 110km/h au lieu de 130. Mais pourtant, cette réduction, outre la baisse du risque d’accidents, a permis une amélioration de la qualité de l’air environnant [1]. Ce sont notamment les émissions de dioxyde d’azote (NO2qui auraient été réduites, d’après Atmo Occitanie. Une bonne nouvelle pour la santé des riverains, mais également pour le porte-monnaie des usagers et le climat, puisqu’ils ont économisé 9% de carburant en diminuant leur vitesse, soit 4 020 tCO2e évitées sur l’année. On espère que les études sur le passage de 90 à 80km/h sur les axes secondaires seront aussi concluantes !
Au passage, on rappelle que cela n’est pas valable que pour les voitures : l’IMO (Organisation Maritime Internationale) propose de ralentir la vitesse des bateaux afin de limiter leurs consommations de carburant et donc leurs émissions, comme on l’écrivait dans une précédente newsletter [2].

Et il n’y a pas qu’au volant de notre voiture que l’on est pressé. Depuis l’essor d’Amazon et des autres géants de l’e-commerce, on n’arrête pas de battre des records de vitesse : livraison dans les 48h et même parfois, le jour même ! Une prouesse logistique qui laisse admiratif et à laquelle on s’habitue très vite, en tant que consommateur. Mais d’après Axios [3], l’impatience du consommateur a un effet notable sur l’environnement et le climat. En effet, pour assurer une livraison express, les entreprises de e-commerce doivent construire de plus en plus d’entrepôts, près des villes. Ainsi, d’après un rapport de CBRE [4], rien qu’aux États-Unis, 255 millions de md’entrepôts sont actuellement en construction (soit 3 500 terrains de football). Autant de surface qui va donc devoir être défrichée, bétonnée, construite et qui va ensuite consommer de l’énergie (éclairage, chauffage, climatisation, …) et donc émettre des gaz à effet de serre.
Mais le plus gros des émissions de GES est lié à la démultiplication des livraisons, avec des véhicules qui transportent de moins en moins de colis. Difficile d’optimiser quand on doit livrer aussi rapidement…
Le e-commerce était censé être plus efficient, permettant à un camion de livrer plusieurs personnes plutôt qu’à toutes ces personnes de se déplacer (bien souvent en voiture). Mais l’essor effréné de la livraison rapide est en train d’aller à l’encontre de cette idée d’optimisation. Amazon a d’ailleurs développé Amazon Air (anciennement Amazon Prime Air), une marque qui gère et opère une flotte d’avions cargo sans cesse croissante [5], afin de répondre à la demande de plus en plus importante de livraisons express. La flotte Amazon Air comptait déjà 40 avions en 2016.
Pour compléter cette analyse, on aurait aimé vous donner un ordre d’idée des émissions de GES engendrées par l’activité d’Amazon et d’Amazon Air. Malheureusement, le sujet climatique étant encore bien loin des préoccupations du géant de l’e-commerce, aucune information n’est publiée sur leur impact carbone (ni sur leur impact social d’ailleurs…). Une situation qui évolue petit à petit grâce à la mobilisation des salariés d’Amazon, qui ont réussi à obtenir que l’entreprise publie son bilan carbone en 2019 [6]. Affaire à suivre donc ! Mais on peut déjà estimer que les émissions d’Amazon se chiffrent en dizaines de millions de tonnes de CO2eq. (UPS, une entreprise de livraison concurrente, publie des émissions de plus de 13 MtCO2eq pour ses scopes 1 et 2, plus de 33MtCO2si on inclut le scope 3 [7], pour un chiffre d’affaire près de 3 fois plus faible qu’Amazon…)
En tout cas, la prochaine fois que vous commanderez en ligne, vous pourrez vous poser la question : ai-je vraiment besoin de recevoir mon colis demain ou cela ne peut-il pas attendre la semaine prochaine ? Et ai-je vraiment besoin de ce colis tout court d’ailleurs, mais ça, c’est un autre sujet !

Article rédigé par Célia Foulon – Consultante

Sources :
[1] 20minutes
[2] Carbone 4
[3] Axios
[4] CBRE report
[5] BFM Business
[6] Bloomberg
[7] Réponse d’UPS au CDP 2018 (accès avec un compte utilisateur)

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