Des résultats inquiétants sur le méthane, dans le dernier rapport du GIEC

7 nov 2013 - La publication toute récente du dernier rapport du GIEC a confirmé les craintes sur l’évolution du climat terrestre, sous l’influence des activités humaines. Un élément nouveau et inquiétant est cependant apparu : l’influence du méthane sur le changement climatique serait en fait grandement sous-estimée. Les media n’ont à ce jour pas relayé cette information.

Des 2 200 pages qui constituent le 5ème rapport du groupe de travail n°1 du GIEC, il n’est pas simple de faire la synthèse. Une version très condensée, de quelques dizaines de pages, a ainsi été mise à disposition du public pour tenter de résumer les conclusions principales sur l’état de la connaissance scientifique du changement climatique en cours. En dépit de cet amaigrissement substantiel, force est de constater que peu de media (voire pas ?) ont prêté l’attention qu’il mérite à un sujet dont l’importance pourrait bien devenir considérable : celui du méthane.
Tout part de ce graphique, que l’on peut trouver dans la synthèse en question, et reproduit ici.

La 2ème barre horizontale en partant du haut concerne les effets direct et indirect du méthane. Le forçage radiatif additionnel*qui lui est attribué a vu son intensité doubler depuis le dernier rapport de 2007 : il passe de 0,48 à 0,97 W/m2 tous effets confondus (ce qui est finalement assez peu éloigné de la part attribuée au CO2, estimée à 1,68 W/m2). Cette variation s’explique principalement par des effets indirects des émissions de CH4: d’une part, la présence de méthane dans l’atmosphère modifie en effet la chimie de l’ozone (O3) et de la vapeur d’eau stratosphérique (H2O), qui sont aussi des gaz à effet de serre ; Par ailleurs, d’autres émissions telles que les NOX affectent à leur tour la concentration de méthane, cette fois dans le sens d'une réduction de son impact.

Comme le constate de manière alarmiste le spécialiste de l’énergie Benjamin Dessus dans un article daté du 3 octobre**, cette information est d’une importance majeure car elle indiquerait que la responsabilité du méthane dans le réchauffement est bien plus élevée que les 15% revendiqués par les scientifiques du climat jusqu’à aujourd’hui.

C’est d’autant plus préoccupant que cette « annonce » intervient au moment où la polémique bat son plein sur les fuites de méthane résultant de l’exploitation des gaz de schiste, aux Etats-Unis principalement (voir notre article précédent : Gaz de schiste et émissions de GES : meilleur ou pire que le charbon ?). Lorsqu’on sait que 2% de fuites sur la volume de production actuel conduiraient mécaniquement à une augmentation de 1% des émissions anthropiques mondiales de méthane, il y a en effet de quoi être préoccupé, surtout si la production de gaz de schiste doit quintupler à l’échelle planétaire d’ici 20 ans (ce que considère plausible l’AIE)…

Dernier point auquel il est nécessaire de prêter attention quand il s’agit de méthane, c’est l’effet du réchauffement en cours sur la fonte du permafrost dans le Nord de la Sibérie et la Nord du Canada. Les incertitudes scientifiques sont encore grandes, mais de premiers éléments quantifiés commencent à se dessiner : nous y reviendrons dans un prochain article pour faire le point sur ce sujet souvent évoqué, mais finalement mal connu…

Par Stéphane Amant.

*Un forçage radiatif positif contribue à réchauffer l’atmosphère en renvoyant des infrarouges vers la Terre, et un chiffre négatif pour les aérosols signifie que ces particules, en empêchant le rayonnement solaire d’atteindre la terre, contribuent à la refroidir.

** « La Bombe climatique cachée dans le rapport du GIEC », B. Dessus, http://www.reporterre.net/spip.php?article4789

 

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