Quelle matérialité des risques climatiques dans l’indice S&P 500 ?

2 octobre 2018

L’étude de S&P ratings confirme et complète les résultats de notre analyse sur le reporting des risques physiques au sein du CAC40

Retrouvez notre étude sur le reporting des risques physiques au sein du CAC40

 

L’agence de notation américaine S&P Ratings, en collaboration avec Resilience Economics, a publié en juin 2018 une étude visant à analyser la manière dont la matérialité des risques météorologiques et climatiques est appréhendée au sein des entreprises de l’indice S&P 500.Ils ont pour cela étudié les rapports qui sont communiquées par les entreprises à leurs partenaires financiers, notamment les comptes rendus des « earnings calls » annuels.

 

Si Carbone 4 identifie des biais importants dans les résultats de l’étude, nous partageons les conclusions de S&P Ratings : l’impact des évènements météorologiques et climatiques extrêmes sur les résultats financiers des entreprises est matériel et significatif (estimé à 6% en moyenne sur les gains 2017), mais il est encore peu quantifié (4% des entreprises en moyenne). Il faut également souligner que ces premières estimationssont amenées à croître à court et moyen termeen raison du changement climatique. Il est donc nécessaire, comme le rappelle la TCFD, que les entreprises agissent contre le changement climatique afin de réduire les risques financiers futurs.

 

LES PRINCIPAUX RÉSULTATS DE L’ÉTUDE

 

Sur la base des « earnings calls », S&P Ratings et Resilience Economics évaluent à 15% la part des entreprises du S&P 500 qui déclarent que les évènements climatiques ont eu des impactsmatériels sur leurs résultats. Parmi ces entreprises, S&P estime que moins de 4% du S&P 500 quantifie financièrement l’impact matériel. On retrouve ainsi la difficulté, identifiée dans la publication de Carbone 4 (voir ici), d’appréhender et d’évaluer financièrement les conséquences associées au dérèglement météorologique et climatique.

S&P Ratings mesure par ailleurs que lorsque l’impact matériel est quantifié, celui-ci s’élève en moyenne à 6% des gains financiers (chiffre d’affaires, OPEX, EBITDA, etc.).

 

Figure 1: Tableau de synthèse de l’étude S&P Ratings

Les auteurs de l’étude relèvent également des différences importantes entre secteurs économiques (cf. figure 2). Plus d’un tiers des entreprises du secteur des matériaux et des utilitiesdéclarent que le climat a affecté leur résultat, contre moins de 10% pour le secteur de la santé, de l’immobilier ou des télécommunications. L’étude de Carbone 4 sur le CAC40 identifiait également la plus grande maturité des utilities dans l’analyse de l’impact des évènements climatiques sur leur situation financière.

 

Figure 2: Entreprises ayant déclaré un Impact matériel du climat sur leurs résultats, regroupées par secteur

 

Les limites de l’étude

Carbone 4 considère que l’étude présente plusieurs limites méthodologiques qui peuvent biaiser les résultats :

 

  1. Les sources d’informations : S&P Ratings a décidé d’établir son analyse sur les comptes rendus des « earnings calls » alors que des éléments supplémentaires pourraient figurer dans les rapports annuels et autres documents d’entreprise. De façon corolaire, le constat de S&P Ratings sur le fait que les entreprises évoquent la météo le plus souvent pour expliquer une baisse des résultats pourrait être compris comme une façon de dissimuler les raisons structurelles de cette mauvaise performance financière en mettant avant les facteurs conjoncturels comme la météo.

 

  1. Le périmètre d’analyse : Le choix d’étudier uniquement l’indice S&P 500, alors qu’il est constitué d’entreprises américaines, peut rendre difficilement comparable les résultats avec des indices européens où les réalités climatiques peuvent être sensiblement différentes.

 

  1. Une confusion possible entre météo et climat : S&P Ratings mélange la notion de météo et de climat. Si certains termes recherchés par les auteurs de l’étude traitent effectivement d’aléas climatiques (i.e. : température, sécheresse, etc.), d’autres sont davantage liés à la météo (i.e. : brouillard, grêle). Il aurait été ainsi intéressant d’avoir une analyse plus fine (et pas seulement statistique) sur la manière dont les entreprises communiquent autour des sujets météorologiques et climatiques.

 

Cela étant, cette étude, en évaluant la sensibilité actuelle de la performance financière des entreprises face à la météo et au changement climatique, constitue un point de référence intéressant pour analyser la manière dont cette performance va évoluer dans les prochaines années avec l’accroissement de l’intensité et de la fréquence des aléas climatiques.

 

 

Article rédigé par Clément Ory, Consultant senior à Carbone 4

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