Produire du biodiesel à partir d’huile de palme importée : un bilan carbone défavorable par rapport au diesel et au colza

18 juin 2018
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Article rédigé par Sébastien Timsit et Alexandre Joly.

Alors que les agriculteurs viennent de lever le blocage de la bioraffinerie de la Mède, le feu médiatique s’est concentré sur l’huile de palme importée au détriment de l’usage de colza produit en France. Pour rappel1, il est prévu que la bioraffinerie consomme au maximum 50% d’huile de palme soit 300 000 tonnes par an en plein régime quand l’engagement d’approvisionnement en colza français porte sur 50 000 tonnes. Mettons de côté la question économique déjà traitée dans les médias, et apportons un éclairage sur la pertinence climatique de cette opération.

Cette huile de palme provient de Malaisie et d’Indonésie, pays mondialement connus pour le remplacement de leur forêt primaire par des plantations de palmiers à huile. Cette déforestation n’est pas anodine pour le climat : elle est source de 10% des émissions mondiales de gaz à effet de serre2. En intégrant la déforestation dans la comparaison, le verdict en émissions de gaz à effet de serre entre colza, diesel et huile de palme est sans appel :

L’huile de palme produite en Malaisie et en Indonésie, même certifiée, concourt à la déforestation des forêts locales et à la perte de biodiversité3. Le biodiesel ainsi produit à partir d’huile de palme d’Asie du Sud-Est émet 5,4 kgCO2 par litre soit 3 fois plus que son homologue au colza français et même environ 70% de plus que le diesel.

Alors que la France est en cours de définition d’une trajectoire zéro émissions nettes, il est nécessaire de mettre en œuvre une politique énergétique nationale cohérente.

Notes :

Les émissions de gaz à effet de serre du biodiesel de l’huile de palme par litre comportent une marge d’incertitude importante : elles sont présentées ici à 5,4 kgCO2 mais peuvent monter à 8 kgCO2 dans le cas d’une déforestation complète. Nous avons ici considéré la moitié des effets liés à la déforestation. Dans le cas d’une absence totale de déforestation et d’une production respectueuse de l’environnement, le bilan atteint environ 3 kgCO2 par litre et reste donc équivalent au bilan du diesel.

Sources :

(1) Blocage des raffineries : on vous explique pourquoi l’huile de palme est dans le viseur des agriculteurs (mais aussi des écologistes), Franceinfo, 11 juin 2018
(2) Intergovernmental Panel on Climate Change
(3) La fausse promesse de la certification, Changing Markets, mai 2018
(4) Base carbone ADEME ; The land use change impact of biofuels consumed in the EU, Commission Européenne, août 2015 ; analyses Carbone 4

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