Encourager le report modal pour diminuer les émissions du transport

8 avril 2020

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Par Eloïse Dulac – Consultante

En 2017, le secteur du transport a émis 8 GtCO2e sur les 32,8 GtCO2e émises par les activités humaines [1]. Si la trajectoire des émissions suit la tendance des 30 dernières années, les émissions du secteur pourraient atteindre 12 GtCO2e en 2050. La réduction des émissions du transport est donc un fort enjeu pour limiter le réchauffement climatique sous les 2°C.
Un des facteurs expliquant l’augmentation des émissions est l’accroissement du transport de marchandises avec la mondialisation et les délocalisations de production.
Pour réduire les émissions, outre le levier évident de la diminution de la quantité de marchandises transportées, un autre moyen d’action consiste à diminuer la part du transport aérien et routier au profit du transport ferroviaire et maritime [2]. Remplacer un transport aérien par la combinaison de transport maritime et ferroviaire permet en règle générale de décarboner dans de grandes proportions le voyage effectué.
La réussite du report modal repose cependant sur plusieurs parties prenantes qu’il faut parvenir à mobiliser : chargeurs, transporteurs, pouvoirs publics, clients.

Dans la catégorie des transporteurs, la compagnie CMA-CGM envoie un signal très positif en lançant un service ferroviaire entre le port de Gênes et le hub logistique de Piacenzia [3]. De plus la synchronisation entre les arrivées des trains et navires permet de proposer un service efficace en optimisant la durée du transport.

Aujourd’hui, la durée de livraison est un critère de choix important pour les clients. La prise en compte de l’impact climatique demande de remettre en question sa prévalence actuelle pour rendre prioritaire la réduction de l’empreinte environnementale du transport. Les clients peuvent donc encourager le transfert modal en souscrivant à des offres de transport caractérisées par une meilleure performance environnementale, en acceptant en contrepartie un délai de livraison plus long.

Enfin, les acteurs publics ont aussi leur rôle à jouer pour encourager le report modal. Ils peuvent favoriser la création de hubs multimodaux qui permettent de mettre en place un service performant mais aussi soutenir le développement (ou le renouvellement) d’infrastructures ferroviaires qui représentent des investissements importants. Ils peuvent également agir sur la demande de transport en mettant davantage en avant les bénéfices d’une consommation plus locale, voire en jouant sur la fiscalité pour décourager le transport longue-distance.

A une échelle de distances inférieures, le report modal doit permettre de basculer une partie du transport routier vers le transport fluvial et ferroviaire. La France dispose à ce titre d’un vaste réseau de voies navigables, et le volume transporté par voie fluviale a par exemple augmenté de 10% entre 2018 et 2019 [4], ce qui est un signal prometteur pour la réduction des émissions du transport.

Sources :
[1] International energy agency
[2] Mission Possible: Reaching net-zero carbon emissions from harder-to-abate sectors by mid-century
[3] CMA CGM synchronise le fret maritime et ferroviaire
[4] AEF info, Dépêche n°622168

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