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Bilan des émissions 2025 du bâtiment
Bilan des émissions 2025 du bâtiment
Le secteur du bâtiment est-il au rendez-vous de la SNBC 3 ?
Le 12 décembre 2025, les Accords de Paris fêtaient leur 10ème anniversaire.
Il y a 10 ans, 195 pays s’engageaient à limiter le réchauffement climatique à +1,5°C d’ici la fin du siècle par rapport à l’ère préindustrielle (1850-1900). Cet anniversaire a un goût amer tant les objectifs de limitation du réchauffement à 1,5 °C semblent désormais difficilement atteignables. En 2024, on accusait déjà un réchauffement de 1,2°C à l’échelle mondiale [1] et de 1,9°C en France, avec un rythme moyen de +0,3°C par décennie [2].
La course contre la montre est toujours en cours. Depuis que la guerre en Ukraine a questionné notre dépendance au gaz russe, la pression continue de s’accentuer. Début 2026, la guerre au Moyen-Orient et les tensions autour du détroit d’Ormuz finissent d’achever la prise de conscience de notre dépendance aux énergies fossiles. Cette crise énergétique qui dure et se prolonge nous incite une fois de plus à accélérer notre sortie du monde fossile.
Or la France reste encore fortement dépendante de ces énergies : encore 42% des logements résidentiels et tertiaires sont chauffés au gaz ou aux produits pétroliers (fioul principalement) tandis que 95% des véhicules particuliers du parc roulant sont à essence ou diesel.[3]
Le secteur du bâtiment connaît par ailleurs d’autres difficultés, avec une hausse des prix des matériaux, un ralentissement de la construction neuve, et des mécanismes d’aides à la rénovation inefficaces. En 2025, ces aides connaissent des arrêts à répétition, freinant la dynamique nécessaire pour sortir notre parc immobilier des énergies fossiles. En parallèle, l’interdiction de location des passoires thermiques pourrait être allégée [4], de même que les seuils carbones pour la construction neuve fixés par la RE2020 [5]. Autant de backlashs écologiques qui entravent la mise en œuvre stable et durable des politiques de rénovation et de construction bas carbone.
Dans ce contexte tendu vient désormais s’ajouter les 3 vagues de chaleur successives qui ont impacté tout le territoire et démontré le manque d’adaptation du bâti français. Au cœur de ces canicules, la France a adopté en juillet 2026 sa troisième édition de la Stratégie Nationale Bas Carbone, la SNBC 3, qui fait suite à la SNBC 2 [6]. Elle définit les nouveaux budgets carbone à ne pas dépasser pour chaque secteur économique, dont celui du bâtiment.
Au cours du même mois, le CITEPA a publié son plus récent bilan des émissions territoriales françaises [7]. L’occasion de répondre à quelques questions :
Comment ont évolué les émissions de la France, en particulier celles du bâtiment entre 2024 et 2025 ? S’inscrivent-elles dans le respect des budgets de la SNBC 2 ? Sont-elles sur la bonne trajectoire pour atteindre les nouveaux seuils fixés par la SNBC 3 ?
Où en sommes-nous dans la décarbonation du secteur du bâtiment en 2025 ?
Évolution des émissions globales de la France entre 2024 et 2025 et respect de la SNBC 2
A l’échelle de la France, on observe entre 2024 et 2025 une baisse de 2% des émissions territoriales (ie. hors émissions importées), passant de 367 MtCO2e à 359 MtCO2e sur tout le territoire. Cette baisse s’inscrit dans la dynamique de réduction régulière qui existe depuis 2018 (en dehors de la période Covid qui voit en 2020 une baisse historique de -9% puis un rebond de +6% en 2021 et du début de la guerre en Ukraine où la réduction d’émissions GES s’élevaient à -7% du fait d’efforts de sobriété énergétique forcée). En 2025, tous les secteurs à l’exception de la production d’énergie connaissent une baisse de leurs émissions, principalement portée par l’industrie manufacturière et la construction, suivi des transports, et de l’usage d’énergie dans les bâtiments. La baisse de l’industrie s’explique par la fermeture d’un vapocraqueur (secteur de la chimie), une baisse de consommation d’énergies fossiles (gaz, fioul lourd) et une baisse de la production du ciment.

Source : Carbone 4, à partir du rapport Secten 2026 du CITEPA, et de la SNBC 3
En synthèse, à l’échelle du territoire, sur la période 2019-2023, le budget carbone prévu par la SNBC 2 a été respecté, avec en moyenne 408 MtCO2e émis annuellement, pour un objectif moyen de 435 MtCO2e annuels.
Sur le budget carbone 2024-2028 par contre, la France n’est pas sur sa trajectoire. À mi-parcours de cette période, les émissions moyennes observées s’élèvent à 363 MtCO₂e par an, contre un budget carbone de 359 MtCO₂e par an.
Si l’écart reste limité, il montre que la baisse des émissions doit encore s’accélérer. Ce redoublement d’efforts est encore plus lisible lorsqu’on met en regard l’objectif de neutralité carbone pris à l’horizon 2050, les quantités de GES émis (~360 MtCO₂e par an) vs stockés (~50 MtCO₂e par an) sur notre territoire. Cette équation est d’autant plus complexe que ces puits de carbone sont aujourd’hui fragilisés par les effets du changement climatique (sécheresses, dépérissement des forêts, incendies de plus en plus fréquents) qui réduisent leur capacité à stocker le CO₂.
Au vu de ces enjeux, en se focalisant sur le bâtiment, nous sommes en droit de nous demander si le secteur est prêt à relever le défi de la décarbonation
Rappel du périmètre des émissions territoriales du secteur du bâtiment
Les émissions du secteur du bâtiment peuvent se répartir en 2 grands blocs :
- 2/3 des émissions proviennent de l’usage du bâtiment : l’énergie qu’on y consomme pour se chauffer, et les fluides qu’on injecte dans ses climatiseurs.
- 1/3 des émissions proviennent des matériaux et équipements qu’on y installe. Ce sont toutes les émissions nécessaires à l’extraction, la fabrication, le transport, la mise en œuvre, le renouvellement et la gestion des déchets des matériaux utilisés lors de constructions neuves ou de rénovation. [8]

Source : Feuille de route décarbonation du cycle de vie bâtiment, Janvier 2023, Ministère de la Transition Écologique
1. L’usage d’énergies dans le bâtiment :
Entre 2024 et 2025, le CITEPA a rapporté une diminution de 2% des émissions liées à la consommation d’énergie dans le bâtiment, passant de 56 à 55 MtCO₂e, soit un rythme de baisse comparable à celui observé l’année précédente.

Source : Carbone 4, à partir du rapport Secten 2026 du CITEPA, et de la SNBC 3
Cette évolution s’explique principalement par le recul de la consommation de gaz, en particulier dans le secteur résidentiel, ainsi que par la poursuite de la baisse des ventes de fioul domestique. Désormais, ces équipements ne sont plus installés qu’en remplacement d’anciens modèles. Ils ne sont quasi plus présents dans les projets neufs grâce à une réglementation précurseure, la RE2020.
Par ailleurs, même si la dynamique de rénovation ralentit considérablement, avec une baisse d’environ 10 % du nombre de logements rénovés entre 2024 et 2025, les efforts de rénovation des années précédentes seraient, selon le CITEPA, une des explications des réductions d’émissions observées en 2025.
Les conditions climatiques ont également joué un rôle : l’année 2025 ayant été plus clémente que 2024, les besoins de chauffage ont été plus faibles.
À la lumière de ces éléments, les réductions d’émissions observées liées à la consommation d’énergie des bâtiments semblent principalement relever de tendances structurelles, portées par les exigences de la réglementation dans le neuf et le développement des rénovations énergétiques, même si des facteurs conjoncturels, comme un climat plus clément, y ont également contribué. Ce constat souligne l’importance de ne pas revenir sur les politiques engagées, qu’il s’agisse des seuils carbone applicables aux bâtiments neufs ou de l’interdiction progressive de mise en location des passoires thermiques. Il rappelle également la nécessité de renforcer les moyens mis à disposition des acteurs pour atteindre ces objectifs, notamment en faisant évoluer les dispositifs d’aide tels que MaPrimeRénov’.
2. La fabrication des matériaux de construction
Le CITEPA révèle une baisse de 5% des émissions du secteur de l’industrie manufacturière et de la construction entre 2024 et 2025, passant de 62 MtCO2e à 58 MtCO2e.

Source : Carbone 4, à partir du rapport Secten 2026 du CITEPA, et de la SNBC 3
Cette évolution s’explique notamment par la période d’avril à juillet 2025 qui a connu un ralentissement important d’activités fortement émettrices de GES (métallurgie, ciment) ainsi que la baisse continue de la combustion fossile dans ce secteur liée à une baisse de la demande.
La SNBC 3 présente de nouveaux objectifs plus ambitieux pour le bâtiment
Présentation des mises à jour apportées par la SNBC 3
La SNBC 3, adoptée le 16 juillet 2026, réhausse les ambitions de réduction des émissions de la France et en particulier du secteur du bâtiment.
Pour les émissions d’usage dans les bâtiments, elle vise une baisse moyenne annuelle de -6% par an d’ici à 2030, quand le rythme observé est de -2% par an aujourd’hui. Au-delà de 2030, ce rythme pourrait passer à -12% par an.

Source : Carbone 4, à partir du rapport Secten 2026 du CITEPA, et de la SNBC 3
De même, pour les émissions de fabrication de matériaux de construction, une baisse annuelle de -6% par an est attendue d’ici à 2030, proche du rythme actuel (-5%/an). Néanmoins, le Plan de Relance Logements qui incite à la construction neuve et les besoins de réindustrialisation rendent le défi important.
Au-delà des chiffres, l’Etat met-il à disposition les moyens pour parvenir à ces nouvelles ambitions ?
La stratégie de mise en œuvre pratique de la SNBC 3
En termes de consommations d’énergie dans le bâtiment, le changement majeur entre la 2ème et 3ème édition de la SNBC réside dans les moyens imaginés pour répondre aux objectifs de décarbonation. Là où la SNBC 2 misait sur la rénovation complète et performante du parc résidentiel, avec pour standard cible le Bâtiment Basse Consommation, équivalent à une étiquette A du DPE, de 300 000 logements par an d’ici 2030 et 700 000 par an d’ici 2050, la SNBC 3 change de cap et réduit à la fois le nombre de rénovations d’ampleur visé à 250 000 par an, et l’exigence de rénovation à un « saut de deux classes DPE », avec pour objectif un parc de logements « A, B voire C » en 2050. [9]
Les 450 000 “rénovations” restantes se feront donc par mono-gestes, en particulier par l’installation de pompes à chaleur (PAC). Ceci indique donc un véritable virage de la politique de rénovation énergétique du bâtiment : la PAC devient le levier principal de la décarbonation du secteur, avec un objectif de 850 000 installations par an en moyenne entre 2023 et 2030. Ce chiffre est déjà largement dépassé en 2023 et en 2024 avec respectivement 1 200 000 et 1 000 000 de PACS installées. [10] Cette stratégie du “tout PAC” présente l’avantage d’être a priori plus simple à mettre en œuvre, mais au prix d’une moindre efficacité sur le long terme comparée à la stratégie précédente.
Enfin, la SNBC 3 affiche une volonté de sobriété sur la construction des logements neufs, avec pour objectif de faire passer le nombre de mises en chantier de logements neufs de 310 000 par an entre 2020 et 2030 à 100 000 par an entre 2040 et 2050. Ce qui semble entrer directement en contradiction avec la politique de relance de la construction résidentielle et questionne la cohérence des textes gouvernementaux.
Les moyens à disposition sont-ils suffisants pour y arriver ?
Entre électrification et compétition des usages
La nouvelle politique énergétique basée sur l’électrification, globalement présente dans toute la SNBC 3, a l’avantage d’être moins coûteuse et plus facile à mettre en place que d’autres mesures. Les PAC sont une technologie mature, fiable, très efficace pour chauffer même à de très basses températures [11].
De plus, se reposer sur l’électricité, produite sur le territoire français, plutôt que sur des chaudières au fioul ou gaz importés permettrait de renforcer le contrôle sur l’approvisionnement énergétique des français, et donc de gagner en souveraineté vis-à-vis de pays exportateurs d’énergies fossiles, dans un contexte géopolitique de plus en plus instable.
Cependant, chauffer un bâtiment en DPE F ou G (les fameuses “passoires thermiques”), avec une PAC ou non, représente une perte énergétique conséquente et financièrement irrationnelle pour un ménage s’il n’est pas précédé d’une amélioration de l’enveloppe du bâti. Comme tout autre moyen de chauffage, une PAC seule sans isolation thermique du bâtiment ne peut garantir un chauffage suffisant et rentable.
Enfin, le gain en souveraineté est à nuancer, tant que ne se développera pas une filière forte de pompes à chaleur sur le territoire européen. Les efforts sur ce volet sont en cours, mais les résultats peinent encore. Le 23 janvier 2026, le gouvernement a annoncé une bonification du dispositif des CEE « Coup de pouce chauffage » en faveur des équipements assemblés en Europe. Si cette mesure va dans le sens d’un soutien à l’industrie européenne, sa portée demeure limitée. En effet, le critère retenu ne porte que sur l’assemblage final du circuit frigorifique, sans couvrir les principaux composants à forte valeur ajoutée, tels que le compresseur (environ 30 % de la valeur de la machine) ou encore l’électronique de puissance et l’onduleur (environ 15 % à eux deux), qui restent majoritairement importés d’Asie. La souveraineté énergétique doit être conjuguée à une souveraineté industrielle, sans quoi elle sera inefficace.
Une impasse sur les rénovations efficaces
L’électrification plutôt que l’isolation de l’enveloppe des bâtiments s’inscrit donc dans une stratégie court-termiste : la meilleure forme d’énergie étant celle qu’on ne consomme pas, atteindre un parc de Bâtiments Basse Consommation par la rénovation représentait une garantie plus sûre de décarboner le secteur à l’horizon 2050.
En réalité, cette décision de miser sur les PAC plutôt que sur la rénovation complète vient de l’échec de la politique de rénovation des logements menée par la France jusqu’ici. Les rénovations coûtent trop cher et sont rarement rentables. D’après l’I4CE (Institute for Climate Economics), seules 26 % sont justifiées économiquement pour les ménages [12], et les investissements publics devraient être doublés, passant de 20 milliards d’€ par an en 2021 à 40 milliards par an d’ici 2030. [13]
Une planification de la rénovation peu remise en question
D’après le Haut Conseil pour le Climat (HCC), qui salue globalement l’ambition de la SNBC 3, celle-ci oublie complètement d’évaluer l’ensemble des freins qui ont empêché la mise en route efficace d’une politique de rénovation :
« Les principaux freins à la politique de décarbonation du bâti restent la structure du parc français composé très majoritairement de bâti ancien et le faible taux de renouvellement annuel des chaudières et de rénovation des bâtiments. La baisse de la taille des ménages, l’augmentation des surfaces moyennes par personne ainsi que l’augmentation des résidences secondaires sont également des freins à la sobriété carbone du secteur du bâtiment. Le manque de données sur l’efficacité des mesures et la performance des bâtiments freine la planification et l’évaluation de la politique de décarbonation du secteur (HCC, Rapport annuel 2025). ». [14]
À cela s’ajoute la faible efficacité des aides à la rénovation énergétique des logements, notamment MaPrimeRenov’ et la prime CEE, peu incitatrices et instables dans le temps avec un stop-n-go réglementaire chronique. D’après Robert Rivaton, ces stop-n-go ont empêché le développement d’une filière PAC en France, les industriels ne pouvant se calibrer sur un budget qui changeait tous les trois mois sur les deux dernières années. De plus, les PAC air-air, de loin les plus vendues en 2025, sont exclues de MaPrimeRenov’. Ces PAC ont pourtant l’avantage de pouvoir également fonctionner en tant que climatiseur, rôle qui s’avérera de plus en plus indispensable dans les années à venir, comme ont pu le prouver les canicules récentes.
« Plutôt que de sécuriser et améliorer les outils et les leviers pour massifier la rénovation et la décarbonation, la SNBC 3 réduit les objectifs de rénovation sans garantie d’atteinte de ces nouveaux objectifs faute d’évaluation des freins historiques. » nous dit le HCC.
Enfin l’État mise sur des matériaux de construction décarbonés et biosourcés pour réduire l’empreinte environnementale des logements neufs, mais sans apporter davantage de précision. Pourtant, ce qu’on appelle communément le scope 3, soit les émissions dues à l’amont et l’aval du cycle de vie du bâtiment, autrement dit l’extraction des matières premières, la construction et la démolition, représente près d’un tiers des émissions de GES du secteur bâtiment en France. [15] Une stratégie de décarbonation de la construction des logements plus précise, ciblant certaines alternatives au béton et à l’acier en fonction du contexte, aurait été souhaitable.
On peut néanmoins noter que l’effort de sobriété prévu par la SNBC 3 ne rentre a priori pas en contradiction avec le plan Relance Logement, qui prévoit deux millions de logements d’ici 2030 et qui reste donc dans la marge prévue par la SNBC 3. [16]
Conclusion
La SNBC 3 dispose donc d’une trajectoire ambitieuse avec des objectifs de décarbonation à la hausse par rapport à la SNBC 2, avec une limitation du nombre de logements neufs construits ainsi qu’une forte volonté de généraliser la PAC sur tout le territoire. Cependant, l’État choisit de revoir à la baisse ses objectifs de rénovation, pourtant supposée être la pierre angulaire de la stratégie de décarbonation du bâtiment, sans prendre de recul sur les freins historiques à celle-ci. Une stratégie claire pour transformer le bâti français, l’adapter aux vagues de chaleurs et décarboner la construction des logements neufs ne semble pas assez définie et le risque de continuellement augmenter les objectifs pour combler les retards précédents sans plan de transformation cohérent est important.
11.
Mesure des performances de 100 PAC air/eau et eau/eau installées en maisons individuelles : https://librairie.ademe.fr/batiment/8617-10417-mesure-des-performances-de-100-pac-air-eau-et-eau-eau-installees-en-maisons-individuelles.html







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