-2,5% de CO2 en 2018 par rapport à 2017 dans l’Union Européenne : un bon résultat ?

14 mai 2019

Rappels sur l’ambition européenne pour ses émissions territoriales

« Les émissions de dioxyde de carbone (CO2) provenant de la combustion de combustibles fossiles ont diminué de façon significative de 2,5% dans l’Union Européenne en 2018 par rapport à l’année précédente ». Cette donnée publiée par Eurostat le 8 mai dernier[1] a été copieusement relayée par les médias et présentée comme une bonne nouvelle. En effet, les émissions de CO2 avaient augmenté d’1,8% entre 2016 et 2017 : l’UE s’orienterait donc dans la bonne direction.

Rappelons que l’Union s’est engagée en 2014 à réduire ses émissions de gaz à effet de serre d’au moins 40% par rapport au niveau de 1990 d’ici 2030. À la demande du Parlement et du Conseil, la Commission a présenté en novembre dernier sa « vision stratégique et de long-terme » pour une économie européenne « prospère, moderne, compétitive et neutre en carbone d’ici 2050 »[2]. Une stratégie de neutralité placerait l’Union sur une trajectoire ambitieuse de réduction, compatible avec la limite des 1,5°C de réchauffement.

Il est important de préciser que l’engagement de l’Union porte uniquement sur les émissions générées sur le sol européen, pas sur les émissions importées dans l’UE, qui représentaient en 2017, d’après les calculs d’Eurostat, environ 16% de l’empreinte européenne totale[3] et qui suivent une pente ascendante.[4]

-2,5%, c’est très insuffisant pour respecter l’objectif de neutralité de l’UE

S’il est soutenu dans le temps, le taux de réduction de 2,5% des émissions de CO2 serait en phase avec l’objectif 2030 de l’UE pour la réduction des émissions de CO2[5] mais il ne suffit pas en soi à atteindre l’objectif climatique de l’Union car il concerne une assiette réduite d’émissions (80 à 85% du total). Lorsqu’on parle de climat, ce sont tous les gaz à effet de serre et pas seulement le CO2 qu’il faut considérer : attendons donc des chiffres complets avant d’affirmer que nous sommes sur la bonne pente.

Surtout, gardons à l’esprit qu’un rythme de -2,5%/an serait largement insuffisant pour respecter l’objectif 1,5°C à l’échelle de l’UE à horizon 2050. En effet, d’après les données publiées par la Commission Européenne fin 2018 dans son rapport « A Clean Planet for all », une réduction annuelle moyenne de 7%[6] des émissions de CO2 (6% pour tous les gaz à effet de serre) est requise entre aujourd’hui et 2050 pour permettre d’atteindre l’objectif 1,5°C et prétendre à la neutralité carbone.

 

Justine Mossé, consultante chez Carbone 4

 


[1] Eurostat – Communiqué de presse du 8 mai 2019 – « Premières estimations des émissions de CO2 issues de la consommation d’énergie »

[2] A Clean Planet for all – A European strategic long-term vision for a prosperous, modern, competitive and climate neutral economy

[3] En vision “consommation”, c’est à dire en prenant en compte les produits et services importés et consommés sur le sol européen. NB : le mode de calcul pour ces émissions évitées n’est pas irréprochable puisqu’il associe aux produits importés l’empreinte carbone hypothétique qui aurait été la leur s’ils avaient été produits dans l’Union Européenne.

[4] 1 tonne de CO2-équivalent par habitant en 2012, 1,13 en 2014, 1,18 en 2017 (source : Eurostat)

[5] Analyse Carbone 4 à partir des objectifs et des données historiques de l’Union (sources : Commissions Européenne et I4CE Chiffres clés du climat – France, Europe et Monde, édition 2019)

[6] Analyse Carbone 4 à partir des données des scénarios 1.5 TECH et 1.5 LIFE publiés par l’Union Européenne

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