Le rapport spécial 1,5°C du GIEC – décryptage des message-clés

18 octobre 2018
Réchauffement climatique glacier
Photo source : pixabay.com

 

Le rapport spécial 1,5°C

 

Le dernier rapport spécial du GIEC, présenté le 8 octobre dernier, fait suite à la COP21 et à la signature de l’Accord de Paris, dans lequel les États s’engagent à agir pour « contenir l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels [et à] poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels ».

Le GIEC a été invité à produire un rapport portant sur les impacts du réchauffement planétaire de 1,5 ° C par rapport aux niveaux préindustriels, et sur les trajectoires d’émissions de gaz à effet de serre.

Si ce rapport a été abondamment commenté dans la presse, il convient d’en comprendre les enjeux et limitations et d’en extraire les principales conclusions, explicites et suggérées.

 

Messages clés

CHAQUE DEMI DEGRÉ COMPTE

L’un des messages-clés de ce rapport spécial est l’idée que « chaque demi degré compte ». Les conséquences, déjà désastreuses à 1,5°C, sont bien plus graves à 2°C. Par ailleurs, des travaux récents suggèrent que passé ce seuil, l’augmentation des températures pourrait entraîner des effets domino, pour la plupart irréversibles, liés à la fonte des glaces et du permafrost, à la modification de la circulation océanique… Ces effets conduiraient à des changements bien plus drastiques que ceux qui sont actuellement prévus, transformant l’environnement au-delà de ce qui a été observé par l’humanité. La limitation du réchauffement à un niveau le plus bas possible est peut-être plus vitale encore que ne le suggère le rapport.

LES SOLUTIONS ÉVOQUÉES SONT TECHNIQUEMENT PLAUSIBLES, MAIS…

Le rapport décrit la faisabilité technique et théorique de trajectoires de limitation du réchauffement à 1,5°Cet propose des actions à mettre en place afin de satisfaire à cet objectif. Dans ce cadre, la réduction des émissions bien avant 2030 est une condition indispensable. Les auteurs soulignent d’une part, l’urgence absolue de l’action et d’autre part les difficultés du déploiement de technologies jamais utilisées à une si grande échelle. De plus, le développement non-contrôlé de ces technologies peut entrer en contradiction avec la préservation de la biodiversité ou le développement des populations.

On ne peut se contenter de penser que le développement et l’innovation vont permettre de contrebalancer les émissions liées aux activités humaines. Pour atteindre l’objectif de limitation à 1,5°C, une réduction drastique et immédiate des émissions et un essor technologique jamais vu à cette échelle sont nécessaires. La plausibilité d’observer ces deux phénomènes au cours des prochaines années se réduit cependant de jour en jour, depuis le premier rapport du GIEC de 1988. Pour rappel, nous nous dirigeons actuellement vers un réchauffement de 3°C à la fin du siècle, si et seulement si les engagements de l’Accord de Paris sont respectés…

Les principaux points du rapport en détail

  1. Le réchauffement de 1,5°C

  • L’impact historique des activités humaines sur le réchauffement climatique est estimé à environ 1°C par rapport à l’ère pré-industrielle. Il est vraisemblable que ce réchauffement atteigne la valeur de 1,5°C entre 2030 et 2052, si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent au rythme actuel.
  • Ce phénomène de réchauffement est irréversible à l’échelle humaine et les changements climatiques induits par l’augmentation de la concentration en GHG dans l’atmosphère vont se poursuivre au cours des prochaines décennies et siècles à venir.
  • Une limitation du réchauffement à 1,5°C limiterait sensiblement les risques pour les systèmes naturels et humains par rapport à une hausse des températures à 2°C(objectif optimiste le plus répandu actuellement).
  • Les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris ne sont clairement pas suffisants pour limiter le réchauffement à 1,5°C. Les engagements nationaux actuels nous emmènent sur une voie à +3°C à la fin du siècle et un réchauffement qui continue au-delà.
  1. Projections climatiques et impacts associés

  • Les risques associés à un réchauffement de 1,5°C (santé, sécurité alimentaire…) seraient sensiblement réduits par rapport à une hausse de 2°C, avec, entre autres :
    – une hausse du niveau marin réduite de 10 cm par rapport au scénario 2°C, soit 10 millions de personnes impactées en moins;
    – la préservation de 1,5 à 2,5 millions de km2de permafrost1, avec des implications importantes en termes de stockage de méthane ;
    – une population exposée aux pénuries d’eau deux fois moindre qu’à 2°C ;
  • La différence est également importante en termes de biodiversité ou d’acidification des océans (préservation de 30% des récifs coralliens).
Impacts et risques pour les systèmes naturels et humains en fonction du niveau de réchauffement (violet : probabilité très forte d’impacts sévères et irréversibles / rouge : impacts sévères et globaux / jaune : impacts détectés et attribuables au changement climatique / blanc : pas d’impact détecté attribuable)
  1. Les différents chemins possibles

  • Le rapport explore quelques scénarios théoriques permettant de ne pas dépasser l’objectif de 1,5°C. Les émissions de CO2doivent diminuer de 45% d’ici à 2030, pour devenir nulles aux alentours de 2050 (20 à 25 ans plus tôt que dans le scénario 2°C).Les émissions des autres gaz à effet de serre suivent un chemin comparable dans les deux scénarios.
  • Le rapport décrit 4 principales feuilles de route qui diffèrent selon l’évolution de la demande mondiale et les grandes orientations énergétiques choisies (sources d’électricité notamment).
  • Dans tous les cas, les changements nécessaires sont brutaux, à un rythme de transformation jamais observé à grande échelle. Une diminution drastique des émissions est nécessaire dans tous les secteurs. Un large éventail de solutions techniques doit être mis à l’échelle rapidement.
  • Les techniques de capture de COsont présentes dans toutes ces feuilles de route. Cependant, le développement de ces méthodes fait face à de multiples contraintes techniques mais aussi sociales et environnementales (utilisation des sols, re- ou afforestation…). Cela pose notamment des problèmes potentiels en termes de biodiversité ou de sécurité alimentaire si ces techniques ne sont pas déployées de manière contrôlée et durable. La diminution rapide des émissions est donc d’autant plus vitale qu’un déploiement à grande échelle de ces techniques prendra du temps.
  • Éviter le dépassement du seuil de 1,5°C (et donc les conséquences potentiellement irréversibles) et la dépendance aux techniques, non testées à grande échelle, de capture du CO2, supposent une diminution des émissions bien avant 2030.
  • Il convient de minimiser les impacts négatifs potentiels de la lutte contre le réchauffement climatique sur le développement des populations les plus pauvres (souvent les plus exposées au changement) et l’éradication de la pauvreté. Renforcer les capacités locales et nationales peut favoriser ce processus. Le développement des nouvelles technologies doit aussi favoriser le développement local.

La mission du GIEC

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat est l’organe international chargé d’évaluer les connaissances scientifiques liées au changement climatique. Depuis 1988, le GIEC est chargé de produire des rapports synthétisant l’état des connaissances scientifiques actuelles sur le changement climatique en général (les rapports d’évaluation) et sur des thématiques plus précises (les rapport spéciaux). Il est également chargé de fournir des informations sur les options d’atténuation et d’adaptation au changement climatique. Chaque rapport est produit par plusieurs centaines d’experts scientifiques volontaires sélectionnés qui se basent sur la lecture de plusieurs milliers d’articles scientifiques.

[1]Le permafrost (officiellement pergélisol est français) est la partie du sol qui reste gelée toute l’année. Ce sol gelé renferme une grande quantité de carbone qui serait relâché dans l’atmosphère en cas de dégel, notamment sous forme de méthane. Ce phénomène, encore mal quantifié, pourrait amplifier de manière considérable le changement climatique.

 

Article rédigé par Violaine Lepousez et Florian Gallo

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