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25 avril 2022

Rapport du groupe III du GIEC : Les points clés

Le 4 avril 2022 dernier est paru le nouveau rapport du groupe de travail III du GIEC (en anglais, IPCC — Intergovernmental Panel on Climate Change). Ce dernier rapport fait suite à ceux des groupes de travail I et II, qui abordent respectivement l’état des lieux de la crise climatique, en proposant une synthèse des connaissances sur les climats passés, présents et futurs, et les impacts du changement climatique, en s’intéressant aux enjeux d’adaptation et de vulnérabilité. 

Ce dernier volet du 6ème rapport d’évaluation du GIEC étudie les scénarios de baisse de réduction des gaz à effet de serre pour limiter le changement climatique, autrement dit, les moyens d’action

Après avoir fait le constat de la hausse continue des gaz à effet de serre et de l’intensification des événements climatiques extrêmes depuis la période pré industrielle, ce dernier rapport ne laisse aucun doute : il faut agir aujourd’hui et de manière radicale, au sein de tous les secteurs, si nous voulons limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C. 

Nous vous proposons ici une synthèse des points clés du rapport.

Préambule : qu’est-ce que le GIEC ?

« Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a été créé en 1988 en vue de fournir des évaluations détaillées de l’état des connaissances scientifiques, techniques et socio-économiques sur les changements climatiques, leurs causes, leurs répercussions potentielles et les stratégies de parade. »

Le GIEC ne produit donc pas de nouvelles recherches ; il fait le point sur l'état des connaissances, à partir de l'évaluation critique des éléments issus des publications scientifiques.

Ces évaluations sont fournies aux gouvernements afin d’élaborer des politiques et de définir des orientations, et servent de base de travail dans le cadre des négociations des COP (Conférence des Parties). 

Il est composé de trois groupes de travail : 

  • Le groupe I travaille sur les bases physiques du climat et analyse les climats passés, présents et futurs. Il établit différents scénarios possibles en fonction des émissions de gaz à effet de serre émises par l’humanité.
  • Le groupe II travaille sur la vulnérabilité des sociétés humaines, des écosystèmes et des systèmes socio-économiques face à la dérive climatique, les conséquences du changement climatique, et les options d’adaptation.
  • Le groupe III étudie l’atténuation du changement climatique, l'évaluation des méthodes de réduction des émissions de gaz à effet de serre et l'élimination des gaz à effet de serre de l'atmosphère.

Le rapport du groupe III du 6ème Rapport d’évaluation du GIEC

Le rapport du groupe de travail III est ainsi le troisième volet du sixième Rapport d’évaluation du GIEC. Le rapport du groupe I est paru en août 2021 et celui du groupe II en février 2022. 

Ce rapport du groupe III est le fruit d’un travail d’analyse de 18 000 publications scientifiques, par 278 auteurs et autrices, qui ont passé en revue plus de 59 000 commentaires. 

L'ensemble des documents liés au rapport du groupe III "Climate Change 2022 : Mitigation of Climate Change" sont disponibles ici

Quels sont les points à retenir de ce rapport ?

Ce rapport met en lumière le fait que les politiques climatiques en place sont insuffisantes. Nous sommes encore très loin de la trajectoire qui nous permettrait d’atteindre les objectifs que s’est fixée la communauté internationale. 

Si nous ne parvenons pas à réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre avant 2030, le réchauffement planétaire dépassera les 1,5 °C, entraînant avec lui son lot de conséquences sur les écosystèmes. 

Le rapport fait état d’un panel de solutions pour nous guider vers un monde bas-carbone. Si ces solutions sont déjà connues, il est intéressant de noter que la notion de sobriété (“sufficiency” en anglais) est largement mise en avant, une première pour le GIEC, qui révèle l’urgence de la situation. 

Les prochaines lignes proposent une synthèse (très succincte) des principaux points à retenir du rapport. Nous vous invitons cependant à lire la synthèse disponible ici

Développements récents et tendances actuelles

  • Les émissions anthropiques (liées à l’activité humaine) totales nettes de gaz à effet de serre (GES) ont continué de croître sur la période 2010-2019, tout comme les émissions nettes cumulées depuis 1850. Les émissions annuelles moyennes au cours de la période 2010-2019 ont été supérieures à celles de toutes les décennies précédentes, mais le taux de croissance entre 2010 et 2019 a été inférieur à celui enregistré entre 2000 et 2009.
  • Depuis 2010, les émissions anthropiques nettes de GES ont augmenté au sein de tous les grands secteurs (industrie, énergie, transport, agriculture, construction) et autour des zones urbaines. Des initiatives de réductions telles que l’amélioration des processus ou l’efficacité énergétique, restent aujourd’hui insuffisantes par rapport aux émissions liées à la hausse mondiale de l’activité.
  • Les répartitions des émissions de GES continuent de varier de manière inégale, à la fois géographiquement et socialement. Les 10 % de ménages ayant les émissions par habitant les plus élevées contribuent par exemple à 34-45% des émissions globales de gaz à effet de serre des ménages.
  • Les coûts de production d’électricité à base d’énergies renouvelables sont en baisse constante depuis 2010. Des politiques adaptées et globales ont permis à ces énergies bas-carbone de se développer, mais les régions les moins développées restent confrontées à des difficultés (financières, technologiques etc.) pour garantir leur déploiement. Porteuses d’espoir, il est néanmoins important de garder en tête que la production d’électricité renouvelable est encore très faible au niveau mondial.

Concernant les politiques et lois d’atténuation mises en place depuis le dernier rapport du GIEC de 2014, et qui restent certes insuffisantes, les travaux des scientifiques montrent qu’elles ont tout de même permis d’éviter plusieurs gigatonnes d’émissions de CO2 équivalent.   

  • Si l’on veut espérer respecter les objectifs de l’Accord de Paris, il faut agir avant 2030. Tant pour les scénarios qui limitent le réchauffement à +1,5°C ou +2°C, il sera très difficile de les respecter au cours du 21ème siècle si nous ne nous engageons pas sur une réelle trajectoire d’atténuation avant 2030. Le GIEC insiste sur la nécessité, et ce dès maintenant, de fermer de manière prématurée une partie des infrastructures de charbon, gaz et pétrole. Les estimations montrent en effet que si nous les exploitons toutes jusqu’à leur fin de vie, nous dépasserons sans nul doute le seuil de 1,5°C.

Des solutions pour limiter le réchauffement climatique

Réduction drastique des émissions 

Nous devons réduire de manière drastique nos émissions de gaz à effet de serre. Si nous voulons respecter l’Accord de Paris et limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C, les émissions doivent atteindre leur pic entre 2020 et 2025 au plus tard, et décroître jusqu’à atteindre la neutralité carbone en 2050.

Les émissions de gaz à effet de serre doivent être réduites de près de 50% d’ici 2030 et de 80% d’ici 2040 par rapport à 2019 pour limiter la hausse des températures à 1,5°C, et l’ensemble des gaz à effet de serre sont à prendre en compte. Avec un pouvoir de réchauffement de l’atmosphère 30 fois supérieur à celui du CO2, le méthane est le deuxième gaz à effet de serre le plus important. La réduction des émissions de méthane est un donc levier majeur et très impactant dans la lutte contre le changement climatique.  

Sobriété

Changer nos habitudes et adopter un mode de vie plus sobre nous permettrait de réduire nos émissions de 40% à 70% d’ici 2050. Ce levier est essentiel et demande des engagements sociétaux et politiques. 

Neutralité planétaire

Afin d’atteindre la neutralité carbone planétaire, il est impérieux d’opérer une réelle transition entre les énergies fossiles et les énergies bas-carbone, et de développer largement les puits de carbone, tant technologiques que naturels, en faisant un meilleur usage des terres et forêts par exemple. 

Les villes, aujourd’hui sources d’émissions importantes, ont un rôle évident à jouer dans la contribution à la neutralité. La construction et l’usage des infrastructures doivent entre autres être repensées pour tendre vers le net zéro. A ce propos, nous vous invitons à lire la publication “Le rôle des infrastructures dans la transition bas-carbone et l’adaptation au changement climatique de la France” publiée fin 2021. 

Émissions négatives

Le développement de puits de carbone, naturels ou technologiques est indispensable à l’atteinte de la neutralité planétaire. 

Développements technologiques

L’innovation technologique au service de la réduction des émissions (électrification des véhicules, énergies renouvelables, matériaux de construction bas-carbone etc.) est un levier à ne pas négliger dans la transition énergétique. Cependant, elle ne constitue pas une réponse complète et durable. 

Équité sociale

Les travaux rassemblés par le GIEC, au-delà de modélisation de flux physiques, ont également traité des aspects sociaux favorisant la transition bas-carbone. L’équité et la justice sociale renforce la participation significative de tous les acteurs et la motivation des sociétés à atténuer le changement climatique. Elles peuvent donner lieu à des compromis, qui pourraient être arbitrés par des décisions politiques.  

Engagements politiques et financiers

Si des politiques climatiques sont aujourd’hui en place, elles restent insuffisantes pour engranger une transition. Sans de nouvelles réglementations fortes et radicales, les émissions continueront d’augmenter passé 2025, mettant en péril les objectif 1,5°C et 2°C, qui assureraient encore une vie juste et viable sur Terre. 

De son côté, le secteur de la finance, nécessaire pour accompagner et financer la transition, tarde à engranger une réelle transition et ne prend pas des engagements à la hauteur des enjeux. La finance doit prendre ses responsabilités et participer à la lutte face au changement climatique. 

Conclusion

Ce dernier rapport du GIEC est clair : il faut agir aujourd’hui, maintenant, tout de suite. 

Des solutions existent dans tous les secteurs pour réduire les émissions à grande échelle. 

Nous devons sortir des énergies fossiles au plus vite et transitionner vers des énergies bas-carbone, comme le nucléaire ou les énergies renouvelables. Les progrès observés autour de ces dernières, en termes de baisse des coûts et d’amélioration des technologies sont porteurs d’espoir.  

Les politiques doivent prendre la mesure de l’urgence, s’emparer du sujet et adopter des mesures concrètes et ambitieuses pour faire face à la menace climatique. Ils doivent également agir sur les inégalités et aspirer à une justice sociale, qui sera équitable et encouragera la société dans son ensemble à atténuer le changement climatique. 

Le secteur de la finance a lui aussi un rôle clé à jouer dans l’accompagnement vers un monde bas-carbone. Les capitaux, largement disponibles, sont encore mal alloués pour faire face à la dérive climatique. 

Le levier de la sobriété et de la transformation de nos modes de vie est également essentiel et complémentaire. 

Approfondir 


Neutralité
Résilience
Sobriété