Réparation : économie de matières et bénéfices climatiques vont souvent de pair
Quelles sont les conditions dans lesquelles la réparation permet d’obtenir un bénéfice climatique ?
Cet article s'inscrit dans une série de productions sur le thème de l'économie circulaire, incluant un premier article sur le champ d'application de ce concept ainsi qu'un deuxième sur le thème de la location.
Du point de vue des ressources, la réparation est toujours vertueuse. En effet, elle évite la fabrication de produits neufs entraînant une diminution de la demande en matière vierge. Qu’en est-il sur le plan climatique ?
Quelles sont les conditions dans lesquelles la réparation permet d’obtenir un bénéfice climatique ?
De nombreux services de réparation voient le jour, permettant de prolonger la durée de vie d’appareils dysfonctionnels. Prenons l’exemple d’une machine à laver. Au bout de 5 ans d’utilisation, supposons qu’elle tombe en panne. Vous décidez d’appeler un réparateur pour faire un diagnostic et procéder à la réparation quelques jours plus tard. Celui-ci se trouve à 10 km de votre domicile et réalise 2 allers-retours en utilisant son véhicule professionnel (1 A/R pour le diagnostic, 1 A/R pour la réparation). L’élément dysfonctionnel se trouve être la pompe de votre machine, celui-ci va la remplacer et vous prodiguer des conseils d’entretien de votre matériel. Dans ce cas, est-ce que cette réparation apporte un bénéfice climatique par rapport à l’achat d’un produit neuf ?
Voici les émissions à considérer :
Pour un achat neuf :
- Les émissions de fabrication de l’appareil d’origine et de l’appareil de remplacement.
- Les émissions associées à l’usage de l’appareil d’origine et de l’appareil de remplacement.
- Les émissions de transport associées à l’achat.
- Les émissions de fin de vie des appareils.
Pour la réparation :
- Les émissions de fabrication de l’appareil d’origine et des pièces détachées.
- Les émissions associées à l’usage de l’appareil avant et après la panne.
- Les émissions de transport associées à la réparation.
- Les émissions de fin de vie de l’appareil et des pièces détachées.
La réparation de la machine à laver permet de réduire les émissions de fabrication et de fin de vie, qui portent la majeure partie de l’empreinte carbone.
Dans le cas présenté, la réparation se fait à une échelle locale et permet un double bénéfice, tant du point de vue du climat que des ressources.
En revanche, en dehors d’un contexte régional, le transport associé à la réparation peut générer une augmentation des émissions de gaz à effet de serre par rapport à l’achat d’un produit neuf. La distance « pivot » dépend de la taille de l’objet réparé, plus celui-ci aura des émissions de fabrication faibles, plus cette distance sera restreinte.
A titre d’exemple, pour une machine à laver, la distance entre le produit et le réparateur doit être inférieure à 200 km (si la machine à laver est à Lyon, elle pourra être réparée au maximum dans un cercle allant de Dijon à Avignon) pour que cela présente un bénéfice du point de vue des émissions de gaz à effet de serre[1]. Les services de réparation étant majoritairement locaux, cela ne semble pas être un cas très limitant ; en revanche, pour les processus de reconditionnement, cela peut poser question. En effet, envoyer un produit volumineux collecté et/ou revendu en Europe pour être reconditionné en Asie, peut dans certains cas générer des émissions de transport supérieures aux émissions de fabrication de l’objet acheté neuf. Ainsi, la mise en place d’un système de réparation ou de reconditionnement doit être cohérente sur le plan du transport pour assurer un bénéfice climatique.
Réparation de produits énergivores :
L’efficacité énergétique d’un produit neuf est parfois meilleure que celle du produit à réparer. Par exemple, la machine en achat neuf est légèrement plus efficace énergétiquement (gain lié à une mise sur le marché plus récente) mais la part des émissions liées à l’utilisation étant faible, l’ordre de grandeur reste le même. Dans les cas où le produit neuf consomme de l’énergie plus décarbonée ou qu’il est beaucoup plus récent, le gain carbone lié à la consommation énergétique du produit neuf permet une telle décarbonation de l’usage, tandis que la réparation ne présente plus d'intérêt d’un point de vue climatique.
Prenons le cas d’une chaudière au gaz : la réparer n’est pas pertinente au sens du climat car la part des émissions liées à l’usage étant majoritaire, installer une nouvelle pompe à chaleur 3 fois plus efficace et utilisant de l’énergie bas-carbone apporte beaucoup plus de bénéfices que l’économie que la réparation apporte sur les émissions liées à la fabrication.
Comment favoriser le déploiement de la réparation dans un contexte local ?
Plusieurs besoins émergent :
- D’abord, les pièces détachées. Pour pouvoir massifier la réparation, les pièces détachées doivent être disponibles rapidement et sans difficulté. Aujourd’hui, la réglementation européenne sur l’éco-conception ainsi que le code de la consommation encadrent l’obligation de disponibilité de pièces détachées pour une liste de produits[2]. Celles-ci doivent être disponibles durant un temps défini après la fin de commercialisation du modèle. Par exemple, les producteurs de lave-linges doivent assurer la disponibilité des pièces détachées jusqu’à 10 ans après la fin de la commercialisation. Dans ce cas, le fournisseur doit être capable de fournir la pièce détachée dans les 5 à 15 jours suivant la panne. Aucun élément n’encadre la standardisation de ces pièces.
- Ensuite, le prix de la réparation. Selon l’ADEME, 80% des Français considèrent que le prix est le premier critère de décision. Pour réparer, ceux-ci seraient prêts à débourser jusqu’à 30% du prix du produit neuf[3]. C’est pour cette raison que l’Etat français a mis en place le dispositif « Bonus Réparation ». Par exemple, pour un lave-linge, ce bonus permet de réduire le montant total de la réparation de 50€. D’un côté, renforcer ces dispositifs publics est nécessaire pour que les consommateurs stimulent le développement de la filière de réparation. De l’autre, les acteurs privés doivent concevoir des produits plus réparables et offrir des services de réparation abordables.
- Enfin, la mise en place de services de réparation nécessite une main d'œuvre qualifiée. Ces savoir-faire sont moins courants qu’ils n’ont pu l’être par le passé. Le développement de parcours de formations adaptés est essentiel pour développer l'écosystème. Sans attendre les pouvoirs publics, l’entreprise Murfy a développé un parcours professionnalisant autour de la réparation de produits d’électroménagers[4].
Toutes ces problématiques soulèvent de nombreuses difficultés pour parvenir à déployer à grande échelle des modèles économiques viables. Néanmoins, des initiatives privées comme publiques voient le jour. Par exemple, l’entreprise Veja a développé toute une offre autour de la réparation des chaussures et compte ouvrir prochainement une école de la réparation[5].
La réparation peut être réalisée sur des appareils ménagers comme professionnels. Nous avons développé l’exemple de la machine à laver dans la vie quotidienne pour des raisons de disponibilité des données publiques, mais ces calculs peuvent tout aussi bien être réalisés à une échelle industrielle.
La réparation présente un co-bénéfice entre l'économie des ressources et la décarbonation dans de nombreux cas. Afin de promouvoir les systèmes circulaires, il est nécessaire de renforcer le cadre réglementaire à l'image des objectifs européens du projet de loi « Circular Economy Act ».
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