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11 janvier 2022

[MyCO2] Empreinte carbone française moyenne, comment est-elle calculée ?

Contexte

Depuis la dernière mise à jour d’octobre 2021 par le ministère de la Transition écologique (MTE), l’empreinte carbone[1] moyenne en France en 2019 – dernière année de calcul hors COVID-19 - s’élève à 9,0 tonnes de CO2eq[2] par personne. Nous avons expliqué dans ce post LinkedIn quelle était la principale évolution méthodologique de cette mise à jour importante.

La méthode utilisée est basée sur des calculs « input-output », issus des tableaux entrées-sorties symétriques de la comptabilité nationale, et prend en compte les 3 principaux gaz à effet de serre (GES) : le dioxyde de carbone (CO2) fossile, le méthane (CH4) et le protoxyde d’azote (N2O).

Plusieurs limites ressortent de cette empreinte carbone calculée par le Ministère : l’absence de prise en compte de la déforestation importée (car CO2 biogénique[3]), de 3 autres GES (HFC, PFC et SF6) et de la vapeur d’eau des trainées de condensation des avions. Cette publication vise ainsi à expliquer comment nous avons « complété » cette empreinte carbone, en comblant ces 3 limites identifiées, et à partager nos résultats.

Notre point de départ : 9,0 tCO2eq/an

Les derniers tableaux entrées-sorties (TES) du Ministère évaluent l’empreinte carbone moyenne d’un français à hauteur de 9,0 tCO2eq/an. Ces émissions sont réparties en 64 branches d’activités ou de produits, représentées par des codes NAF (Nomenclature d’Activité Française), et divisées entre dépense privée et publique. Nous pouvons donc savoir pour chaque branche d’activité « productrice » (qui vend) et pour chaque branche « consommatrice » (qui achète) quelles sont les émissions liées à la dépense privée et celles liées à la dépense publique.

À partir de ces données, nous établissons une répartition des postes d’émission en 5 catégories[4], listées ici de la plus émissive à la moins émissive :

  1. Je me déplace (transports)
  2. Je mange (alimentation)
  3. Je me loge (logement)
  4. J’achète (achats de biens et services)
  5. Dépense publique (services publics)[5]

Nos ajouts : +0,9 tCO2eq/an

Nous ajoutons ensuite plusieurs éléments à cette base de 9,0 tCO2eq/an.

Le premier correspond aux trainées de condensation, c’est-à-dire les nuages observés derrière les avions et créés par la condensation de la vapeur d’eau émise par leurs moteurs. Ces trainées de condensation n’étant pas prises en compte dans l’empreinte carbone publiée par le Ministère, nous les ajoutons par souci d’exhaustivité à notre empreinte puisqu’elles contribuent également à l’effet de serre. Elles sont ainsi responsables de 186 kgCO2eq/an [6] d’émissions de GES par personne, que nous ajoutons au poste Je me déplace – Avion.

Nous ajoutons ensuite les émissions liées à la déforestation importée (CO2 biogénique) c’est-à-dire les émissions de GES engendrées par la déforestation ayant lieu à l’étranger, mais dues à notre consommation. Ces émissions sont doubles : on compte à la fois les émissions liées au brûlage de la forêt (émissions instantanées) et celles associées à la suppression des puits de carbone (émissions futures).

Nous nous appuyons principalement sur l’étude Agricultural and forestry trade drives large share of tropical deforestation emissions (Pendril & al.), publiée en 2019 et citée par le Haut Conseil pour le Climat dans son rapport Maitriser l’empreinte carbone de la France. En nous basant sur cette étude, on peut répartir les 402 kgCO2eq/an liés à la déforestation importée :

  • 201 kgCO2eq/an pour la catégorie Alimentation[7]
  • 176 kgCO2eq /an pour la catégorie Achats[8]
  • 23 kgCO2eq /an pour Je me loge - Construction
  • 3 kgCO2eq /an pour Je me déplace – Autres transports

Enfin, nous prenons en compte 3 autres GES non comptabilisés à ce jour par le Ministère, pour des questions d’homogénéité de méthode et de disponibilité des données : les hydrofluorocarbures (HFC), les perfluorocarbures (PFC) et l’hexafluorure de soufre (SF6). Ces gaz sont responsables d’environ 293 kgCO2eq/an d’émissions par personne une fois retraités des imports/exports. Ces émissions n’étant pas dans les chiffres officiels du Ministère, nous les estimons en partant des données SECTEN (publiées par le CITEPA[9] et les répartissons à partir des TES (les exports sont sortis et les imports ajoutés). Ce travail donne la répartition suivante :

GazJe mangeJe me logeJ'achèteJe me déplaceDépense publiqueTotal
HFC136,238,918,850,341,5285,7
SF60,32,71,00,00,74,6
PFC0,00,01,50,00,62,2
Total136,541,621,450,342,8292,5

Une fois les émissions de ces 3 gaz découpées en nos 5 catégories, elles sont affectées par prorata dans les sous-catégories du graphique ci-dessous.

Nos résultats

Ces compléments ajoutent donc 0,9 tCO2eq au chiffre officiel du Ministère. Voici le graphique de l’empreinte carbone française en 2019, évaluée par MyCO2 à 9,9 tCO2eq par personne et par an :  

[10] [11]

La répartition des émissions est la suivante :

  • Les transports restent le poste principal d’émissions avec près de 2650 kgCO2eq/an : 77% étant liés aux véhicules motorisés individuels, dont 98 % pour les voitures et 2 % pour les deux roues, et 16% à l’avion.
  • L’alimentation représente 2350 kgCO2eq/an, 60% venant de la consommation de produits animaux.
  • Vient ensuite la catégorie Je me loge, avec 1900 kgCO2eq/an, 62% étant associés à l’utilisation de gaz et de fioul (pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire notamment) et 24% à la construction (Formation brute de capital fixe des ménages, qui correspond à la construction neuve et au gros entretien).
  • La catégorie J’achète regroupe 1600 kgCO2eq/an, dont la moitié provient des achats liés à la maison et aux loisirs (le poste maison inclut donc une part de matériaux non comptabilisés dans la FBCF).

Enfin, 1400 kgCO2eq/an sont associés à la dépense publique, que ce soit pour l’administration et la défense (32%), l’enseignement (31%), la santé (16%) ou les infrastructures (14%).


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