article
·
8 avril 2024
Auteurs et autrices : Thibault Belin

Baisse des émissions territoriales de la France en 2023 : qu’en est-il pour le transport ?

Depuis les années 1990 en France, les émissions territoriales de la France sont passées de 539 MtCO2e (1990) à 385 MtCO2e (2023 en version provisoire)[1], soit une baisse d’environ 1% par an en moyenne. Pour respecter l’Accord de Paris, une baisse des émissions totales planétaire de 5% par an est nécessaire, et ce, jusqu’en 2050. 

Récemment, le gouvernement français, a annoncé une baisse inédite des émissions territoriales de la France cette année par rapport à l’année précédente de 4,8%[2]. Tous les secteurs de l’économie Française ne suivent toutefois pas cette tendance moyenne. Par exemple, les émissions de l’énergie chutent fortement (-14%) alors que les émissions du transport baissent seulement de 2%.

En France, comme dans beaucoup de pays occidentaux, le secteur des transports est à la fois le secteur le plus émetteur de gaz à effet de serre et le seul secteur dont les émissions actuelles sont supérieures à celle de 1990. En 2022, il représentait notamment 130 MtCO2e soit 32% des émissions de la France.

Évolution des émissions dans l’air de CO2e en base 100 de 1990 à 2022 en France
Données CITEPA

Ainsi, observer une baisse de ces émissions sur 2023, bien que plus faible que dans d’autres secteurs, est donc encourageant. Toutefois, peut-on en conclure que nous sommes sur la bonne voie pour le transport ?

Les émissions territoriales sont les émissions limitées aux frontières de la France. Elles ne sont donc pas représentatives de la totalité des émissions du secteur des transports par les Français. En effet, les transports internationaux, notamment aériens sont exclus de ce calcul. Pour autant, ils représentent une part importante des émissions de la France. Si les émissions des vols domestiques ont augmenté de 20% cette année (niveau dépassant celui de la pré crise en 2019), celles pour l’international bondissent de 27%.

Exemples de flux de transport et distinction périmètre territorial et international

Par ailleurs, dans le secteur aérien, les effets hors CO2 (notamment les trainées de condensation) ne sont pas comptabilisés dans la méthode de calcul actuelle (voir notre FAQ sur l’aviation pour plus de détails sur ces effets).

Ainsi, en prenant en considération tous les types d’émissions internationales (aérien, maritime, fluvial), le niveau d’émissions entre 2022 et 2023 sur les transports est alors identique (146 Mt CO2e). En ajoutant les effets hors CO2 de l’aérien, on observe même une hausse de +2,5% des émissions du transport entre 2022 et 2023[3].

Emissions de gaz à effet de serre de la France sur le secteur des transports entre 2022 et 2023 (MtCO2e)

Dans les émissions territoriales, environ 90% sont dues au transport routier. Dans sa dernière publication, le CITEPA constate une baisse encourageante de 3% pour ce mode de transport, principalement portée par le transport de marchandises par camions et fourgons (2/3 de la baisse) et dans une moindre mesure par le déplacement de passagers par voiture (1/3 de la baisse). Pour ce dernier, selon le CITEPA, cette évolution est due à plusieurs effets combinés : 

  • Des effets « prix ponctuels » avec une hausse du prix à la pompe pouvant expliquer la baisse de consommation de carburant.
  • Des effets plus structurels comme par exemple, un renouvellement du parc automobile plus électrique. En effet, la filière automobile constate une augmentation de la part des véhicules électriques dans les immatriculations sur l’année : 17% en 2023 vs 13% en 2022[4]. Ou encore, des évolutions dans les comportements avec une utilisation plus forte du covoiturage ou de report modal vers d’autres modes de transport.

Des analyses plus poussées, une fois les données disponibles, permettront d’expliquer de façon plus précise les raisons de cette baisse, notamment sur le transport de marchandises (en étudiant par exemple les tonnes.km sur l’année 2023).

Que peut-on conclure de ces premières analyses ?

La baisse des émissions territoriales des transports relevée par le CITEPA témoigne d’une évolution encourageante, bien qu’insuffisante pour respecter les objectifs spécifiques au transport déclinés dans le plan France 2030[5] de 4,1% de baisse annuelle. D’autant plus qu’en considérant le périmètre complet incluant les émissions internationales, les émissions du transport ont augmenté en 2023. D’autre part, la baisse dans le transport routier est principalement attribuable à des effets conjoncturels (tel que la hausse du prix des carburants) et ne résulte donc pas uniquement d’efforts de réductions à long terme. Pour atteindre les objectifs fixés par le gouvernement pour 2030 (dans 6 ans), il va falloir passer la seconde.


Mobilité
secteur du transport