Voitures thermiques : la fin s’accélère au Royaume-Uni

30 avril 2020

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Par Nicolas Meunier (Consultant) et Samuel Blasco (Stagiaire)

 

L’urgence climatique s’imprègne de plus en plus au Royaume-Uni : le gouvernement britannique a déclaré en février son souhait d’interdire la vente de tous les véhicules neufs fonctionnant au diesel et à l’essence à partir de 2035 [1]. Cette annonce s’inscrit dans la continuité de l’engagement britannique d’atteindre la neutralité carbone en 2050, et de la COP 26 qui aura lieu à Glasgow en novembre prochain. Elle renforce l’engagement pris en 2017 [2], en avançant l’interdiction de 2040 à 2035, et aussi en étendant le périmètre de la mesure. En effet, la mesure s’appliquera désormais aux voitures particulières et véhicules utilitaires légers fonctionnant au diesel ou à l’essence, mais aussi les véhicules hybrides, que ce soit les hybrides dits classiques (fonctionnant essentiellement grâce à leur moteur thermique : le moteur électrique se chargeant uniquement lorsque le véhicule roule et ne permettant que 1 à 2 km d’autonomie électrique réelle) ou “plug-in” (c’est-à-dire rechargeables via branchement sur prise électrique avec une autonomie en mode électrique allant de 40 à 80 km, avant que le moteur thermique ne reprenne le relai). Il ne resterait donc que les modèles 100% électriques ou à hydrogène à la vente pour les véhicules légers, les véhicules lourds tels que les camions ou les bus n’étant pas concernés.

Le transport est à l’origine de 28% des gaz à effet de serre émis sur le territoire britannique, dont une part de 70% revient aux véhicules légers, soit 20% au niveau national. L’enjeu est donc de taille. [4][5][6]

Cependant, est-ce que le 100% véhicules électriques (batteries ou hydrogène) est atteignable en 2050 ? Malgré le fait que le Royaume-Uni soit le deuxième plus grand acheteur de véhicules électriques d’Europe, le pourcentage de véhicules 100% électriques ne représentait que 1,6% des voitures vendues sur le territoire en 2019. [7] Pour autant, leur taux de vente augmente à une vitesse impressionnante.

La question de l’approvisionnement énergétique doit aussi être prise en compte. Certaines estimations prévoient une augmentation de 25% de l’énergie électrique nécessaire avec le parc automobile électrifié, qu’il faudra assurer avec des énergies bas carbone pour que cela ait du sens climatiquement parlant. D’autre part, de nombreuses bornes électriques doivent être installées un peu partout dans le pays. Et si 25 millions de postes électriques sont estimés nécessaires, pour l’instant seulement 11 000 sites sont équipés (NOTA : la taille optimale du réseau de recharge est une donnée encore peu documentée aujourd’hui. Il est certain que le ratio 1 point de charge public / 1 véhicule est largement surdimensionné, surtout si l’hydrogène se développe).

Enfin, il faudra convaincre l’industrie automobile britannique. Avec 2,72 millions de véhicules produits en 2018 (4ème production européenne), 95 milliards d’euros de chiffre d’affaire, et 856 000 personnes employées dans le secteur, le secteur est un poids lourd au Royaume-Uni [8]. Or, les industriels questionnent le réalisme d’une telle mesure d’interdiction, qu’ils envisageaient déjà ardue pour 2040, et espèrent que ce relèvement de l’ambition climatique s’accompagnera d’un relèvement similaire des investissements publics dans leur industrie.

Pourtant, le Royaume-Uni n’est pas un cas isolé en Europe, ni le plus ambitieux. Si cette nouvelle annonce lui permet de prendre une longueur d’avance sur la France et que beaucoup de pays européens n’ont pas fixé de terme à la vente de véhicules thermiques – comme l’Italie, l’Espagne, ou même l’Allemagne (en discussion) – d’autres pays sont plus engagés (voir schéma ci-dessous). [3] On comprend dans ce contexte l’envie du Secrétaire d’État aux Transports britannique d’avancer encore une fois à 2032 le délai fixé pour l’interdiction.

Pour conclure, si cette initiative du Royaume-Uni est tout à fait louable dès qu’elle dépassera le cadre d’une annonce, il est néanmoins important de rappeler que la décarbonation du secteur automobile ne se fera pas simplement par la voie technologique. L’utilisation de véhicules plus compacts et moins énergivores (en évitant les SUV typiquement), le meilleur partage de ces mêmes véhicules, le recours à d’autres modes pour les différents usages (le train, le bus, le vélo et autres modes actifs) sont d’autres axes indispensables à mettre en œuvre pour atteindre une mobilité bas carbone.

 

[1] BBC News
[2] BBC News
[3] EcoCO2
[4] Department for Business, Energy & Industrial Strategy
[5] Department for Transport
[6] Department for Transport
[7] energypost.eu
[8] CNBC
[9] SMMT

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