FAQ – webinar Net Zero Initiative

4 mai 2020

Le 30 mars 2020 avait lieu le webinar Net Zero Initiative – La neutralité carbone (re)définie, durant lequel nous avons présenté le référentiel Net Zero Initiativecadre fondateur d’une nouvelle vision de la neutralité carbone des entreprises. 

772 participant·es au rendez-vous : une audience record et un public très enthousiaste, qui nous confortent dans notre travail de redéfinition d’une neutralité carbone ambitieuse et collective.

Dans cet article nous apportons les réponses, classées par catégories, à toutes les questions auxquelles notre équipe n’a pas pu répondre durant le webinar.

 

Les fluides de type HFC seraient à inclure dans quelle catégorie de GES listés par Olivier Boucher ? La neutralité mondiale, ou zéro émission nette, concerne le carbone uniquement. Pour parvenir à une stabilisation des températures, il est nécessaire non seulement d’atteindre ce net zéro carbone, mais aussi de réduire les émissions des autres gaz suffisamment vite (dont notamment les fluides HFC).

Si on n’émet plus et qu’on absorbe, on fait baisser la température ? L’inertie du système climatique est telle qu’un réchauffement d’1,5°C, voire 2°C d’ici la fin du siècle est déjà plus ou moins certain. Théoriquement, si le système planétaire se mue en un séquestrateur net de CO2, la concentration de CO2 dans l’atmosphère baissera, et la température avec. Cet état de « net négatif » à l’échelle mondiale est d’ailleurs une condition nécessaire au respect de beaucoup de scénarios 1,5°C dits « à overshoot ».

Pourriez-vous réexpliquer en quoi le concept de neutralité telle que pratiquée aujourd’hui (compensation) n’est pas universalisable ? Le concept actuel « d’entreprise neutre » se base essentiellement sur le mécanisme de compensation. Or, il n’existe pas assez de crédits carbone actuellement pour compenser l’ensemble des émissions du secteur privé. Il s’agit donc d’un système « premier arrivé, premier servi » qui ne peut prétendre à une généralisation à l’ensemble des acteurs.

Une entreprise se déclare neutre : que pensez vous des « standards/logos » d’instituts privés qui proposent à des entreprises de certifier leur approche : ex : PAS 2060, Carbon neutral de NCP, Carbon Trust, Climate Neutral Group, etc ? Nous pensons que ces approches ne sont pas à la hauteur de l’urgence climatique, et pas assez connectées à l’objectif scientifiquement robuste de « neutralité carbone » à l’échelle planétaire. Elles laissent une place trop importante à la compensation, ne sont pas assez fermes sur le choix du périmètre d’émissions, ne contraignent pas assez à une réduction d’émissions ambitieuse. Elles laissent entendre que l’étape de réduction est finie dans le temps. Surtout, elles partent du principe qu’une entreprise peut atteindre sa neutralité quasiment du jour au lendemain (ou du moins en quelques années) alors qu’il s’agit d’un objectif qui doit embarquer sur le long terme. Nous ne pensons pas qu’il soit efficace (ni en interne, ni à l’externe) de revendiquer que « le travail est déjà fait » alors que tout reste précisément à faire.

Vous dites que la neutralité pratiquée aujourd’hui par les entreprises n’est pas « fructueuse » : même dans le cas d’objectifs Science Based (SBT) intégrant le scope 3 ? Le concept actuel de « neutralité » n’incorpore malheureusement pas la nécessité de se fixer et de respecter une trajectoire SBT.

Comment sommer les bilans de différentes entreprises (filières, groupes…), sans double-compter ? On ne somme jamais les bilans de différentes entreprises, qu’il s’agisse du tableau de bord NZI ou des bilans carbone classiques.

Pourquoi une entreprise ne peut pas être « neutre » si un territoire ou un Etat peut (doit) l’être ? Dans le cas de la neutralité planétaire ou territoriale :

  • on parle généralement d’un équilibre entre émissions et absorptions directes à l’intérieur d’un territoire géographique donné : c’est physiquement rigoureux, on parle bien d’un équilibre entre flux réels au sein d’un territoire
  • les changements à effectuer pour parvenir à l’équilibrage entre émissions et absorptions sont radicaux et profonds, ce qui rend la recherche de la neutralité féconde en termes d’actions menées.

À l’inverse, une entreprise cherchant sa neutralité :

  • n’a pas de claire délimitation géographique, son empreinte carbone la plus forte est généralement indirecte – pourrait avoir la tentation d’annuler son pilier A en achetant des crédits sur B ou C, chose qui n’implique aucune transformation d’ampleur dans l’entreprise
  • pourrait vouloir se focaliser uniquement sur des actions de séquestration carbone, alors que l’urgence reste de réduire aussi vite que possible les émissions mondiales (donc à aider les autres à réduire)

Votre raisonnement méthodologique peut-il s’étendre aux réflexions internationales ? Oui, nous ne voyons pas ce qui pourrait s’y opposer.

Pourquoi garder les crédits carbone et ne pas complètement sortir de ce système ? Les crédits carbone correspondent à des projets certifiés, qui suivent donc le cadre de suivi le plus robuste qui soit. Les exclure serait une erreur. Ce que nous proposons, c’est de sauvegarder la possibilité de soutenir financièrement la transition, sans que l’achat de crédits carbone ne vienne défausser l’entreprise de son engagement à réduire ses propres émissions.

Si on adjoint à la « neutralité » des entreprises privées (des productions) la neutralité des individus (des usages), n’a-t-on pas une neutralité planétaire ? On pourrait penser qu’il suffirait que chaque acteur (individu, entreprise, Etat) vise « sa propre neutralité » pour parvenir à la neutralité mondiale… encore faut-il s’accorder sur ce que signifie la neutralité pour chacun d’eux ! Le potentiel de puits développable sur Terre est loin d’être suffisant pour se contenter de « compenser » nos émissions actuelles.

À partir du moment où on parle de « contribution », ne faut-il pas que globalement on ait une même vision d’un monde décarboné ? Absolument. Les niveaux à atteindre en termes de réduction d’émissions par secteur et d’augmentation des absorptions carbone sont assez bien connues (cf GIEC).

Comment vous positionnez-vous vis-à-vis du Label Bas-Carbone développé par le Ministère de l’Environnement ? Nous considérons que le Label Bas Carbone est un instrument très prometteur pour permettre aux entreprises de financer des projets de réduction chez les autres (Pilier B, dernière ligne) ou d’absorption chez les autres (Pilier C, dernière ligne).

Dans le cadre de votre méthode, la compensation peut-elle être faite avec une approche méthodologique pertinente ? Il faut distinguer deux choses : l’aspect « projet » et l’aspect « entreprise ». Côté projets de compensation, il existe des approches méthodologiques pertinentes qu’il faut bien sûr encourager de manière à ce que le projet soit le plus robuste possible. Mais côté entreprises, nous n’acceptons pas que le financement de tels projets serve à revendiquer un « zéro » à l’échelle de l’entreprise.

Comment trouver l’équilibre entre cette démarche et la rentabilité de l’entreprise ? Demain, la rentabilité d’une entreprise dépendra étroitement de sa compatibilité avec un monde bas carbone. NZI est donc un moteur de la rentabilité long-terme de l’entreprise.

Passer de la neutralité à la contribution de la neutralité ne risque pas une forme de désappopriation du rôle des entreprises dans la neutralité mondiale ? Au contraire, il s’agit d’une réappropriation pleine et entière de l’ambition collective de neutralité mondiale par les entreprises. Nous invitons les entreprises à se penser non plus en tant qu’individualité cherchant son propre zéro (souvent mal défini), mais en tant que partie d’un tout, au service de la neutralité collective. Ce changement de point de vue permet de relever l’ambition.

Comment cette méthode se situe au regard de l’initiative Sciences Based Target ? et ACT ? NZI est une « méta-méthode » qui inclut ACT et SBT : SBT est une manière de se fixer une trajectoire sur le pilier A, et ACT est une manière de piloter sa performance dans le temps vis à vis de cette trajectoire.

Quel relation avec le Net Zero Target en cours de construction par l’initiative SBT ? Il semblerait qu’ils ne valorisent pas les émissions évitées (pillier B) pour le moment ? Nous discutons avec le SBTi pour nous tenir au courant de nos avancées réciproques. En effet, le SBTi ne dit rien sur le pilier B, et n’est à ce stade pas certain d’inclure les « offsets » dans leur définition du net zéro corporate.

Comment éviter le double compte entre les piliers A et B ? Par exemple, dans le cas d’une entreprise spécialisée dans la rénovation thermique des bâtiments ? L’entreprise qui paie les travaux pourra revendiquer une contribution positive à la réduction des émissions de son client. Ainsi, l’entreprise note ce gain dans son pilier B, et le client comme une réduction de son pilier A. Il n’y a pas de double compte car ces deux comptes ne s’additionnent et ne se soustraient pas. C’est simplement un même phénomène mesuré de deux points de vue différents.

Comment un acteur qui contribue « fortement » à la neutralité, se différenciera d’un acteur qui fait du Green washing et ne fait presque rien ? Un acteur qui ne fait rien aura des mauvaises performances sur ses trois piliers, tandis qu’un acteur vertueux maximisera sa performance sur les trois.

Si chacun des piliers sont indépendants, dans ce cas la « neutralité » (définition à échelle planétaire) est impossible à calculer si on ne peut déduire l’absorption (pilier 3) des émissions d’entreprise (pilier 1) ? Dans le cas de la neutralité planétaire, cela a en effet du sens de vouloir soustraire les émissions et les absorptions, car :

  • la planète est le système le plus grand qui existe, il n’y a pas de possibilité d’aller chercher des puits « ailleurs »
  • les changements à effectuer pour parvenir à l’équilibrage entre émissions et absorptions sont radicaux et profonds, ce qui n’est pas le cas d’une entreprise qui pourrait avoir la tentation d’annuler son pilier A en achetant des crédits sur B ou C
  • on pourrait rétorquer qu’il est possible de soustraire A et C pour une entreprise, hors crédits carbone (c’est-à-dire uniquement sur les absorptions directes et indirectes dans la chaîne de valeur). C’est la position actuelle du SBTi. Or, nous pensons que cela n’inciterait pas aux bons comportements de la part d’une entreprise (risque d’accaparement des terres, délaissement de la contribution à la réduction des autres, etc.).

Dans le cas d’une entreprise dont l’activité est de baisser les émissions globales sur un territoire, en substituant un service existant par un autre beaucoup moins émissif (exemple : réseau de chaleur urbain) : ses émissions absolues risquent d’augmenter, meme si elle diminuent en intensité. Dans le cadre de la NZI, n’est elle pas perdante finalement ? Une telle entreprise verra certes son scope 3 (pilier A) augmenter à mesure de l’augmentation de son périmètre, mais aura en parallèle une très bonne performance sur le pilier B « émissions évitées par les produits et services ». Dans la comptabilité carbone classique, elle serait perdante car seule l’augmentation du pilier A serait visible.

En quoi ce réferentiel est un référentiel de neutralité carbone et pas simplement un cadre de « contribution à la décarbonation » ? Comment / à quel endroit on évalue que c’est compatible avec la neutralité l’effort sur les 3 piliers s’ils ne sont pas « substituables » ? C’est Science Based Targets qui le dit par exemple pour pilier A ? Absolument, la compatibilité avec la neutralité carbone doit être jugée à l’aune du respect des trajectoires sur chacun des trois piliers. Le SBT est une possibilité de fixer des trajectoires sur le pilier A. La suite des travaux de NZI consistera notamment à réfléchir aux « justes » niveaux de contribution sur les autres piliers.

En rendant indépendants les 3 piliers, n’y a t’il pas un risque de complexifier le reporting environnemental ? Distinguer rigoureusement trois piliers nous semble à la fois suffisamment simple pour être aisément compris, et nécessaire pour combattre le simplisme du « tout-mélanger ».

Si on ne somme ni ne soustrait pas A et B, comment pilote-t-on la matrice ? La matrice se pilote en fixant des trajectoires ambitieuses sur chacun des axes, et en les pilotant dans le temps. C’est l’objet de la suite des travaux NZI.

Quelle différence entre pillier B et scope 3 ? Le scope 3 regarde les émissions indirectes de l’entreprise, dont les émissions des produits vendus. Le pilier B vient mesurer si ces produits vendus viennent déclencher une réduction des émissions chez le clients par rapport à la situation précédente. Il s’agit d’un même phénomène mesuré par deux indicateurs différents.

Si on ne fait plus de soustraction, comment s’assure-t-on que l’investissement dans le pillier B ou C reste important aussi ? Il suffit de fixer des trajectoires ambitieuses sur B et C, au même titre que les Science-based Targets aident à fixer des trajectoires ambitieuses sur A.

J’ai du mal à faire la différence entre pilier B et pilier C. Par exemple, pour une entreprise de l’agro qui met en place des initiatives de stockage du carbone dans les sols (donc au sein de sa chaine de valeur) > est-ce dans le pilier B ou le C ? Le pilier B mesure les actions menées par l’entreprise pour réduire les émissions des autres (chez ses clients grâce à ses produits, ou hors de sa chaîne de valeur grâce à ses financements). Le pilier C mesure les absorptions directes et indirectes de l’entreprise, ainsi que les actions menées pour développer les puits hors de la chaîne de valeur. Concrètement, une entreprise de l’agro qui met en place des initiatives de stockage de carbone dans ses sols le comptera dans son pilier C, « absorptions directes ».

Sur ce tableau on a très envie de soustraire A et B dans la deuxième ligne, intuitivement du moins. Spécifiquement sur cette ligne, quel argument pour s’empêcher de faire ça mentalement ? Tout simplement, A et B ne manipulent pas du tout les mêmes grandeurs physiques. A compte une quantité absolue d’émissions réellement émises dans l’atmosphère. B compte une différence de niveaux d’émissions entre un projet réel et une situation de référence qui n’existe pas.

Quelle différence entre financer de la compensation et financer de la séquestration ? La « compensation » est un mot fourre-tout qui désigne aussi bien le financement de projets d’évitement d’émissions (foyers améliorés, efficacité énergétique, etc.) que le financement de projets d’absorption carbone (reforestation, afforestation, techniques agricoles, etc.).

Peut-on du coup résumer la méthode à Mesurer et Contribuer (Réduire directement et indirectement, Augmenter les émissions évitées, et absorber des émissions) ? On peut la résumer ainsi : mesurer, fixer des trajectoires et piloter la performance sur 3 axes (réduire directement et indirectement, aider les autres à réduire, augmenter les puits).

Le SBT aide à fixer des objectifs mais ne permet pas d’assurer que la gouvernance adéquate est mise en place pour leur réalisation par ex. Ne faudrait il pas demander aux entreprises d’expliquer les moyens mis en œuvre pour y arriver ? Si, et c’est l’enjeu du projet ACT porté par l’ADEME et le CDP.

Comment adapter cette perspective de comptabilité carbone de manière réaliste aux entreprises du secteur retail dans la mesure ou la prise en compte de l’impact des produits, inclus dans le Scope 3 sont rarement comptabilisés dans le bilan carbone ? Le scope 3 est clef pour mesurer l’ampleur de l’impact d’une entreprise. Si ces émissions sont peu connues, alors il faut travailler à mieux les connaitre pour agir dessus.

Sur la mesure et le pb du périmètre, à quoi sert l’outil BEGES en 3 secteurs de l’adème, alors ? L’outil BEGES est l’une des manières de faire son bilan sur le Pilier A.

La validation d’objectifs SBT permet de limiter cette vision « superflue » de la compensation, non ? La validation d’un objectif SBT permet, et c’est un bon premier pas, de savoir quel cap se fixer sur la réduction de ses émissions (pilier A). Elle ne dit rien sur la manière dont une entreprise contribue à augmenter les puits de carbone ou à aider les autres à réduire.

Quid des entreprises dont les produits qui n’ont pas d’impact sur les émissions sur la phase « end-user » : exemple vente vente de vaisselle, vente de médicaments ? Ces entreprises ont donc peu de chances de revendiquer une contribution à la réduction des émissions des autres via leurs ventes de produits et services. En revanche, elles peuvent toujours financer des projets hors de leur chaîne de valeur.

Les émissions évitées par mes produits et services dépendent donc de sénarii alternatifs. Chacun peut prendre celui qu’il veut et donc deux entreprises ayant la même activité peuvent avoir deux valeurs différentes… Nous avons une position « ferme » concernant les émissions évitées. Si le calcul est fait hors de toute certification (type Label Bas Carbone), nous invitons fortement les entreprises à faire une stricte distinction entre les émissions évitées induisant une baisse réelle d’émissions avant/après, et les émissions évitées qui ne sont qu’une « moindre augmentation » par rapport à un scénario de référence.

À quel moment fait-on le bilan « planétaire », on s’assure que le pilier B va dans le bon sens et participer à un objectif de neutralité ? C’est tout l’enjeu de la suite des travaux de NZI qui début dès maintenant avec le sponsoring de quelques entreprises.

Comment sont considérées les garanties d’origine RE pour vous, une réduction d’émissions ou contribution à des émissions évitées (émissions évitées chez le producteur d’électricité en amont de mon activité) ? Nous souhaitons raisonner au plus près de la réalité physique. C’est pourquoi les achats de garanties d’origine doivent selon nous être comptées comme « émissions évitées hors chaîne de valeur », puisqu’il s’agit d’un financement permettant (à condition de pouvoir le prouver) de déclencher dans certains cas la construction de nouvelles capacités renouvelables. L’entreprise contribue alors à décarboner le mix électrique régional. Le scope 2 (Pilier A) devrait selon nous être uniquement compté en « location based », ce qui signifie que le facteur d’émissions à choisir devrait uniquement dépendre de la zone géographique et non du type de contrat souscrit.

Comment on prend en compte le facteur temporel également ? Par exemple si je produis des fenêtres qui évitent X émissions de CO2/ an sur leur durée de vie, je comptabilise une part chaque année ? Ou tous les années où je les produis / installe ? À ce stade, cette question reste ouverte car chacune des deux options a ses avantages. Par exemple, l’option « comptabilisation annuelle » est physiquement plus correcte mais est beaucoup moins pratique à mettre en oeuvre. Certains labels carbone compte le bénéfice sur une période donnée, 5 ans par exemple pour le Label Bas Carbone.

Je travaille sur un projet de création d’entreprise visant à proposer des solutions de mobilité moins carbonés en milieu rural. Cette méthode pourrait-elle m’aider à valoriser ma solution ? Avez-vous pensez à utiliser cette méthode pour évaluer les solutions proposées par des entreprises ? Oui, car votre entreprise aura en toute logique la possibilité de mettre en valeur (voire monétiser) un certain nombre d’émissions évitées par votre service. L’évaluation des émissions évitées doit être réalisée de manière ad hoc.

En tant que Fabricant d’usine de recyclage de déchets, comment comptabiliser les émissions de CO2 évitées chez nos clients opérateurs de recyclage ? nos clients ne vont ils pas être tenté de comptabiliser de leur côté les émissions évitées ? Il faudra se mettre d’accord sur des règles d’allocation, au même titre que les règles de comptabilisation en vigueur sur le scope 3 « Supply chain ». Mais le double compte n’est pas un drame en soi, tant que ces émissions évitées ne sont pas monétisées.

Dans quelle mesure les démarches d’économie circulaire s’inscrivent-elles ici ? Les entreprises actrices de l’économie circulaire peuvent, à certaines conditions, revendiquer des émissions évitées par leurs produits et services.

Comment positionner les CEE? L’achat de CEE peut être vu comme une contribution à la réduction d’acteurs tiers.

Sur l’évitement : qui (ou comment) définit les scénarios de référence pour chaque entreprise ? Nous avons proposé plusieurs niveaux de robustesse concernant le calcul des émissions évitées. Nous souhaitons en tout cas que tout calcul d’émission évitée fasse bien la distinction entre « réellement réduit » et « moindre augmentation » par rapport à la situation initiale.

Dans quelle partie de la matrice valorise-t-on les garanties d’origines ou les PPA pour l’électricité ou le gaz vert ? Nous proposons à ce stade :

  • que les PPA physiques soient comptés comme réduction du pilier A (scope 2)
  • que les PPA virtuels soient comptés comme contribution à la décarbonation du mix énergétique (pilier B)
  • que les achats de GO soient comptés comme contribution à la décarbonation du mix énergétique (pilier B) à condition qu’il soit possible de prouver que l’achat de ces GO déclenche vraiment la construction de capacités bas carbone additionnelles (et si oui, combien).

Dans quelle catégorie doivent-être comptabilisées les garanties d’origine (électricité verte ou biogaz) ? L’achat de GO est une contribution à la décarbonation, à condition d’être certain qu’elles viennent bien se substituer à une énergie plus carbonée, donc à inscrire au crédit du pilier B.

Comment calculer les émissions évitées par ses produits et services (sans auto proclamer sa méthode) ex: l’économie d’énergie dans le batiment ? Existe il une méthode proposée par NZI ? Nous proposons de s’appuyer sur les méthodes existantes, et de faire la différence entre les émissions évitées traduisant une réelle baisse absolue d’émissions, et les émissions évitées ne traduisant qu’une « moindre augmentation » des émissions. Ce travail sera approfondi d’ici la fin de l’année.

A quel horizon de temps peut on espérer une normalisation du calcul des émissions évitées par les produits / services à votre sens ? Voyez vous des initiatives ambitieuses sur ce point ? C’est l’un des objectifs de NZI pour la suite.

On voit parfois les émissions « en aval » / « d’utilisation du produit » dans le scope 3 (ex: consommation d’une voiture). En quoi est-ce différent du pilier B – émissions évitées par mes produits et services? Le pilier B vient révéler la valeur bas carbone de vos produits et services, c’est à dire leur contribution à la neutralité mondiale. Vous pouvez très avoir des émissions du pilier A qui augmentent tout en ayant une contribution sur le pilier B qui augmente également. Si vous êtes un acteur de la neutralité par des produits ou services bas carbone, alors vos émissions doivent augmenter au même titre que vos contributions à la décarbonation.

N’y a-t-il pas double comptage des « absorptions directes » d’un acteur avec les « absorptions indirectes » d’un autre acteur au sein de la même chaîne de valeur de ces deux entreprises ? Si, de la même manière que dans la comptabilité carbone classique (pilier A), il y a double comptage des émissions indirectes (scopes 2 et 3) avec les émissions directes (scope 1) d’un autre acteur dans la chaîne de valeur. Il n’y a jamais eu aucun problème car personne n’aurait l’idée de sommer les bilans carbone de plusieurs entreprises entre eux.

Dans le cadre du financement de projets de séquestration en dehors de son périmètre, est-ce toujours intéressant ou nécessaire de le faire via le mécanisme des crédits carbone ? En effet, le terme crédit pose problème mais le fait d’avoir des crédits permet d’assurer plus de « sérieux » dans le projet via le respect des critères d’additionnalité, de permanence, de vérification et de mesure des quantités évitées ? En effet, la certification carbone est une manière particulièrement robuste de juger de l’additionnalité, permanence, réalité, etc. des projets financés. C’est pourquoi nous préférons abandonner le terme « crédit carbone » (qui sous-entend la possibilité d’une soustraction) au profit de « certification carbone ».

Pouvez vous donner des exemples de projets de compensation/puits de carbone? quel budget ? combien de tonnes CO2 captées ? Un projet de reboisement en France coûte 2000 à 3000 €/ha et captera entre 5 et 8 teqCO2/an/ha. Couvrir un sol entre deux cultures coûte 50 à 60 €/ha et captera entre 0,5 et 1,5 TeqCO2/an/ha. Le prix du crédit carbone dépendra du volume de crédits générés et des autres financements reçus par le projet.

Dans ce nouveau référentiel, on empêche une entreprise d’absorber les émissions négatives qu’elle finance ? Dans notre référentiel, le financement de projet d’émissions négatives (pilier C, dernière ligne) ne peuvent pas annuler l’empreinte de l’entreprise (pilier A). Ses contributions financières sont bel et bien comptées et prises en compte, mais à part.

Comment augmenter les puits à part planter des arbres ? Il y a beaucoup d’autres manières, à la fois naturelles (développer les zones humides, adopter des techniques agricoles de stockage carbone dans les sols, promouvoir les produits bois, etc.) et technologiques (BECCS, DAC, etc.).

Ce modèle de réduction et de contribution semble peu accessible aux petites entreprises ou start up qui sont plus que préoccupées par leur chiffre d’affaire et leur bénéfice ! On a l’impression d’après vos exemples que ceci concerne les grosses entreprises car cet effort a un coût à leurs yeux , comment leur montrer ou prouver qu’ils ont peut être tort ? Ce référentiel est appropriable par des entreprises de n’importe quelle taille.

Votre référentiel peut-il s’appliquer tel quel à des collectivités publiques ? Ou cela demanderait-il quelques adaptations ? L’application de ce référentiel aux collectivités est un sujet que nous explorons, notamment au travers de l’étude prospective que nous menons actuellement. Il est certain que les acteurs d’un territoire (entreprises, ménages, asssociations) et la collectivité publique doivent parler le même langage.

Quid du calcul des 3 bilans sur un produit/service ? Notre référentiel ne s’applique pour l’instant qu’aux organisations.

Peut-on avoir un produit neutre (ou carbon-négatif) ou doit-il afficher la triple comptabilité carbone ? Notre référentiel ne s’applique pour l’instant qu’aux organisations. Un statut « carbone-négatif » laisse entendre qu’il est possible de combiner les trois piliers entre eux, ce qui n’est pas le cas.

Bonjour, est-il prévu que cette méthodologie soit adaptée aux ETI/PME ? Le TPE et PME sont largement invitées à utiliser le référentiel.

Les entreprises sont-elles les meilleures candidates pour être pionnières ? Des écoles ne seraient-elles pas interessantes, déjà mobilisées et accompagnées par The Shift Project et C4 ? Le référentiel est applicable à n’importe quelle entité, y compris les écoles, universités, campus.

Pour une banque, les deux volets du « pilier B » ne font qu’un ? L’application de NZI aux acteurs financiers et bancaires constitue l’un de nos axes de travail pour la suite.

Le référentiel s’adapte-t-il selon que l’on est un établissement ou une entreprise publique ? Le référentiel peut s’adapter à différents types d’organisations.

Est-ce que des entreprises suivent déjà aujourd’hui le référentiel proposé dans le cadre de la Net Zero Initiative ? Oui, certains de nos partenaires sont actuellement en train de se fixer des trajectoires sur chacun des piliers.

Il n’y a pas que les entreprises qui revendiquent la neutralité carbone mais aussi des villes des Régions. Avez-vous intégrer cette dimension dans votre réflexion ? Ce référentiel est adapté aux organisations, mais doit servir à l’accélération des objectifs (légitimes) de neutralité carbone des territoires. C’est donc la suite des aventures.

Dans votre définition de la neutralité carbone, est ce qu’une société comme ADP peut réellement y parvenir (sans compter sur une r/évolution technologique) ? Sous entendu, la transition risque d’être complexe, douloureuse et lourde, ainsi ma seconde question, comment et qui doit driver ces transitions ? Il est important de se poser la question suivante : est-ce que cette activité est compatible avec un monde, une France neutre ? En l’occurence, ADP existe toujours dans une France neutre en carbone mais son activité est probablement très différente de celle d’aujourd’hui.

Prévoyez-vous de synthétiser les indicateurs en un indicateur unique (ex : score) ? Pour permettre aux entreprises vertueuses d’utiliser cet indicateur auprès de leurs parties prenantes. C’est une possibilité.

Est-ce que le terme « net-zero » peut être une alternative à « neutre en carbone » si les 3 bilans comptables s’équilibrent sans les mélanger ? (pour une entreprise). Ou pour le demander autrement : quelles sont vos recommandations pour une entreprise dont le modèle équilibre les 3 bilans ? (en termes de communication) Nous pensons qu’il est risqué de laisser planer un doute sur la « neutralité carbone » et le « net zéro » d’une entreprise. Pour la science, ces mots sont synonymes et désignent un équilibre émissions/absorptions au niveau mondial. Les recommandations sur les 3 piliers sont l’objet de nos prochains travaux.

Si dans ma chaîne de valeur je fais la différence entre le pilier A et C, puis-je considérer que je suis neutre ? Ce n’est pas notre vision. En revanche, il faut que vous augmentiez votre émissions négatives sur C « au bon niveau ». Ce bon niveau n’est pas forcément égal niveau de vos émissions actuelles… La réponse à cette question constitue la suite des aventures NZI.

Comment comparer 2 entreprises qui disent « contribuer » à la neutralité ? Comment évaluer leur niveau de contribution ? Une entreprise A pourrait contribuer en réduisant ses émissions de 2% par an et une entreprise B pourrait contribuer à 4% par an, or les deux peuvent dire qu’elles contribuent à la neutralité. Le tableau « comptable » montre des valeurs à un temps T mais montre-t-il aussi une évolution dans le temps et surtout ça nécessite donc de regarder les « bilans comptables co2 » de chaque entreprise pour savoir quelle entreprise contribue « beaucoup » ou « peu ». Le tableau de bord appelle à se fixer des trajectoires sur chacun des piliers et à les respecter. Les niveaux de contribution à la neutralité des entreprises pourront être jugés à l’aune du respect de ces trajectoires normatives. La suite du travail de NZI consistera notamment à réfléchir à ces trajectoires.

Un avantage fort du concept de neutralité carbone est qu’il est très puissant d’un point de vue communication (l’IDDRI le qualifie d' »attracteur politique »). Ex. UK qui dit au grand public « ne plus contribuer au changement climatique partir de 2050 ». Le concept de « contribuer à la neutralité carbone » est moins vendeur (peut vouloir tout et rien dire pour le grand public). Ne craignez vous pas que ça limite l’appropriation de votre référentiel ? Nous pensons que le passage de « être neutre » à « contribuer à la neutralité » est à la fois relativement indolore, plus fédérateur (car l’objectif n’est plus individuel mais collectif) et moins sujet au greenwashing.

Comment peut-on contribuer à votre réflexion ? La première façon de contribuer est d’adopter le référentiel et de nous faire remonter vos feedbacks. Nous sommes par ailleurs à la recherche de partenaires financiers pour la phase 2 de l’aventure.

Comment pensez-vous que cet excellent référentiel va pouvoir s’imposer rapidement à toutes les entreprises, de toutes tailles ? Nous avons besoin de vous !

Comment diffuser ce référentiel et inciter les entreprises à utiliser cet outil ? D’abord commencer par l’adopter pour sa propre organisation puis, s’il est utile, en faire la promotion autour de vous.

Comment devenir partenaire de l’initiative ? Contactez-nous !

Comment votre référentiel peut il s’articuler avec un modèle comptable comme CARE ? Nous sommes en lien avec les porteurs du projet CARE pour voir les articulations possibles.

Comment participer à termes à l’enrichissement de ce référentiel ? Nous sommes ouverts à la participation des acteurs de l’écosystème pour participer à la suite.

Comment prévoyez-vous la reconnaissance internationale de votre approche ? Nous tenons différentes instances internationales au courant de nos travaux : UNFCCC, Commission Européenne, ISO, SBTi, WRI/GHG Protocol, etc.

Êtes-vous en lien avec ISO 14021:2016 pour aligner leur norme à votre référentiel ? Oui nous sommes en lien avec l’ISO.

Pouvez-vous bien préciser le call to action aux entreprises ? Le call to action est relativement simple : 1/ Adoptez notre vocabulaire/lexique et notre conception de la neutralité 2/ Mesurez votre performance sur les trois piliers 3/ Fixez-vous des objectifs sur les trois et respectez-les 4/ Soutenez les futurs développements de l’initiative !

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