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18 novembre 2020

Plan de Relance : un plan vraiment vert pour les transports ?

Cet article a initialement été publié dans notre newsletter Décryptage Mobilité du 12 octobre 2020. Pour recevoir par mail les prochains articles dès leur publication, abonnez-vous dès maintenant

Début septembre, le Premier ministre Jean Castex présentait le plan de relance post-covid. Alors que s’ouvre le 6 octobre l’examen du PLF 2021 dont ce plan de relance fait partie, que penser des aspects transports de ce plan ? Peu avant l’été, nous analysions les forces et faiblesses des première mesures de relance annoncées[1], mesures précisées et complétées par le plan de relance. Nous comparions alors les annonces françaises et le plan de relance allemand présenté dès le 3 juin. Ce plan de relance français vient-il combler les manques identifiés lors de ces premières annonces ? En termes financier d’abord, les deux plans sont du même ordre de grandeurs : 100 Mds€ pour la France (dont environ 13 Mds € pour les transports) contre 130 Mds€ pour l’Allemagne[2]. Parmi ces 100 Mds€ du plan français, les mesures ciblant les transports sont clairement identifiées[3], : 

  • 1,2 Md€ pour développer les mobilités du quotidien : plan vélo et projets de transport en commun
  • 4,7 Mds€ pour la mise en place d’un plan de soutien au secteur ferroviaire
  • 550 M€ pour l’accélération de travaux sur les infrastructures de transports
  • 1,9 Md€ pour le soutien à la demande en véhicules propres du plan automobile (bonus écologique, prime à la conversion)
  • 180 M pour le verdissement du parc automobile de l’État
  • 2,6 Md€ liés aux plans de soutien aux secteurs de l’aéronautique et de l’automobile
  • 7 Mds€ pour l’hydrogène vert, dont près du quart pour applications dans les transports (voir l’article de Stéphane Amant, Carbone 4, à ce sujet[4])

Soit plus de 11 Mds€ (13 Mds€ en incluant le quart du budget du plan hydrogène). 

Sur l’aviation, le constat reste inchangé par rapport aux premières annonces. En France, comme chez notre partenaire allemand, le pari est fait de l’hydrogène pour avoir un avion « neutre en émissions de CO2 » dès 2035 (hors émissions de fabrication de l’avion et de production/distribution/stockage de l’hydrogène). Ce nouveau calendrier osé est à saluer : la filière visait initialement des premiers vols pour 2050 soit 15 ans plus tard. Néanmoins, pour une filière où le temps de développement de programme est très long, on peut douter que cela soit suffisant pour permettre un renouvellement des flottes au rythme nécessaire, notamment si le secteur retrouve son niveau de croissance d’avant le covid. On peut aussi regretter l’absence de référence quelconque au développement des synfuels, pourtant plein de promesses et sans impact (ou presque) sur la conception actuelle des avions. 

Concernant l’automobile et le transport routier, le déconfinement avait été marqué par des primes exceptionnelles à l’achat, favorisant fortement mais pas exclusivement l’électrique. Alors que les 200 000 primes exceptionnelles à la conversion ont été écoulées, les 1,9 Mds€ prévus pour le soutien au secteur automobile devraient s’inscrire dans la même lignée, avec potentiellement un renforcement du malus. La question de l’infrastructure de recharge est sérieusement prise en compte côté allemand comme français, avec un objectif de 100 000 bornes en France d’ici fin 2021 et 2,5 Mds€ consacrés outre-Rhin aux infrastructures et au développement de l’électromobilité. Enfin, le principal changement par rapport aux premières annonces à la sortie du déconfinement concerne probablement l’hydrogène et la part significative qu’il est prévu de consacrer à la mobilité lourde, notamment les poids-lourds routiers. 

Concernant le ferroviaire, le plan de relance est venu confirmer un soutien qui était loin d’être totalement acquis en juin. Avec 4,7 Mds€, le soutien à la SNCF est à la hauteur des 5 Mds€ alloués par l’Allemagne à la Deutsche Bahn. Par ailleurs les annonces sur les mobilités du quotidien (1,2 Mds€), dont les transports en commun, viennent compléter ce qui était une lacune dans les annonces françaises antérieures. Ainsi, les orientations du plan de relance viennent compléter certains manques dans les annonces françaises au sortir du confinement, en particulier sur le rail et les transports en commun. Cela comble ainsi un écart initialement plutôt défavorable à la France par rapport à l’Allemagne. Toutefois, comme l’illustrent les aides au secteur aéronautique qui avaient été d’abord précédées par un plan de soutien massif à Air France sans conditions environnementales ou presque, ces milliards d’euros bienvenus dans un secteur laissé exsangue par la crise du COVID traduisent sous certains aspects une politique d’abord industrielle avant d’être environnementale. Les deux n’étant pas incompatibles, à condition d’y mettre les moyens.   

Article rédigé par Clément Mallet (Consultant Senior) Clement.mallet@carbone4.com 

Sources : [1] Carbone 4, décryptage mobilité [2] Federal Ministry of Finance [3] Gouvernement [4] Carbone 4, décryptage mobilité


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