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14 mars 2022

Rapport du Groupe II du GIEC : Les points clés

Le 28 février dernier est paru le nouveau rapport du groupe de travail II du GIEC (en anglais, IPCC — Intergovernmental Panel on Climate Change). A la suite du rapport du groupe de travail I publié en août dernier, qui proposait une synthèse des connaissances sur les climats passés, présents et futurs, ce nouveau rapport s’intéresse aux impacts du changement climatique, ainsi qu’aux enjeux d’adaptation et de vulnérabilité. 

Le rapport confirme l’accélération des conséquences du changement climatique, rappelant qu’il existe des limites à la capacité d’adaptation des écosystèmes et des sociétés humaines. Il se distingue également des précédentes versions en accordant une importance plus grande aux enjeux de justice climatique, soulignant l’importance des causes sociales, économiques et historiques dans la construction de la vulnérabilité.

Nous vous proposons ici une synthèse des points clés du rapport.

Préambule : qu’est-ce que le GIEC ?

« Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a été créé en 1988 en vue de fournir des évaluations détaillées de l’état des connaissances scientifiques, techniques et socio-économiques sur les changements climatiques, leurs causes, leurs répercussions potentielles et les stratégies de parade. »

Le GIEC ne produit donc pas de nouvelle recherche ; il fait le point sur l'état des connaissances, à partir de l'évaluation critique des éléments issus des publications scientifiques.

Ces évaluations sont fournies aux gouvernements afin d’élaborer des politiques et de définir des orientations, et servent de base de travail dans le cadre des négociations des COP (Conférence des Parties). 

Il est composé de trois groupes de travail : 

  • Le groupe I travaille sur les bases physiques du climat et analyse les climats passés, présents et futurs. Il établit différents scénarios possibles en fonction des émissions de gaz à effet de serre émises par l’humanité.
  • Le groupe II travaille sur la vulnérabilité des sociétés humaines, des écosystèmes et des systèmes socio-économiques face à la dérive climatique, les conséquences du changement climatique, et les options d’adaptation.
  • Le groupe III étudie l’atténuation du changement climatique, l'évaluation des méthodes de réduction des émissions de gaz à effet de serre et l'élimination des gaz à effet de serre de l'atmosphère.

Le rapport du groupe II du 6ème Rapport d’évaluation du GIEC

Le rapport du groupe de travail II est ainsi le deuxième volet du sixième Rapport d’évaluation du GIEC. Le rapport du groupe III est prévu pour mars 2022 et le rapport du groupe I est paru en août 2021. 

Ce rapport est le fruit d’un travail d’analyse de 34 000 publications scientifiques, par 270 auteurs et autrices, qui ont passé en revue plus de 62 418 commentaires.

L'ensemble des documents liés au rapport du groupe II "Climate Change 2022 : Impacts, Adaptation and Vulnerability" sont disponibles ici : https://www.ipcc.ch/report/sixth-assessment-report-working-group-ii/

Quels sont les points à retenir de ce rapport ? 

Dans ce nouveau rapport, les auteur.ice.s du GIEC se sont intéressé.e.s aux impacts du changement climatique, à la vulnérabilité des écosystèmes et des sociétés humaines, à leur capacité d’adaptation ainsi qu’aux conditions de développement de sociétés résilientes. 

Depuis le rapport AR5, publié en 2014, la connaissance des impacts et risques causés par le changement climatique s’est accrue : aujourd’hui, le GIEC estime que 3,3 à 3,6 milliards de personnes vivent dans un contexte de forte vulnérabilité au changement climatique. 

Dès les premiers paragraphes, les auteur.ice.s rappellent également que :

  • Le changement climatique, et en particulier les évènements extrêmes, plus intenses et plus fréquents, ont eu des effets néfastes généralisés sur les écosystèmes et les sociétés humaines, dépassant largement la variabilité naturelle du climat ;
  • Dans tous les secteurs et dans toutes les régions, les personnes et les systèmes les plus vulnérables sont affectés de manière disproportionnée par le changement climatique ;
  • L’augmentation des extrêmes météorologiques et climatiques a déjà eu des effets irréversibles sur les systèmes naturels et humains poussés au-delà de leur capacité d’adaptation.

Les prochaines lignes proposent une synthèse (très succincte) des principaux points à retenir dans chacune des trois parties du rapport. Nous vous invitons cependant à lire la synthèse dans son ensemble, si vous en avez le temps (moins de 40 pages), elle est riche d’enseignements et est accessible ici : https://report.ipcc.ch/ar6wg2/pdf/IPCC_AR6_WGII_SummaryForPolicymakers.pdf

Impacts, risques observés et projetés du changement climatique :

Le changement climatique affecte à la fois les écosystèmes et les sociétés humaines : 

  • L’impact du changement climatique sur les écosystèmes (terrestres, d’eau douce et marins) peut s’observer par une perturbation de la structure des milieux, de leur composition et de la phénologie des espèces. Et à travers ces trois grands paramètres, ce sont la biodiversité et le maintien des services écosystémiques qui sont menacés (cf. Figure 1).

Figure 1 – Impacts observés du changement climatique sur les écosystèmes (source : Figure SPM.2 du rapport du Groupe II du GIEC)

Cette figure présente, pour chaque grande région et types de milieux, le niveau de confiance quant à la responsabilité du changement climatique dans la perturbation / la dégradation des écosystèmes. Les pastilles en bleu indiquent ainsi un niveau de confiance élevé à très élevé, en violet un niveau moyen, etc. À l’échelle globale, il est ainsi possible d’affirmer, avec le plus haut niveau de confiance, que le changement climatique est responsable de la perturbation des écosystèmes en termes de structure, de répartition des espèces et de phénologie.

  • En ce qui concerne les sociétés humaines, les conséquences du changement climatique sont multiples, menaçant l’intégrité de la ressource en eau, la production alimentaire (agriculture, élevage et pèche), le bien-être physique et mental des populations (développement de maladies, malnutrition, déplacements de populations, etc.) ainsi que la résilience des villes, des bâtiments et des infrastructures (cf. Figure 2).

Figure 2 - Impacts observés du changement climatique sur les systèmes humains (source : Figure SPM.2 du rapport du Groupe II du GIEC)

Cette figure présente, pour chaque région, le niveau de confiance quant à la responsabilité du changement climatique dans la perturbation des systèmes humains. Les pastilles en bleu indiquent ainsi un niveau de confiance élevé à très élevé, en violet un niveau moyen, etc. Les symboles « plus » et « moins » apportent également quelques précisions quant à la nature de cet impact : négatif uniquement, ou négatif et positif selon le contexte. À l’échelle globale, il est ainsi possible de conclure, avec un niveau de confiance élevé, que le changement climatique porte atteinte au bien-être physique et mental des populations ainsi qu’aux infrastructures sur lesquelles s’appuient les sociétés humaines. 

Les conséquences du changement climatiques varient cependant en fonction d’un paramètre majeur qu’est la vulnérabilité : entre 2010 et 2020, la mortalité humaine due aux inondations, aux sécheresses et aux tempêtes était 15 fois plus élevée dans les régions très vulnérables que dans les régions très peu vulnérables. 

Un des points marquants du rapport est ainsi la synthèse des facteurs de vulnérabilité au changement climatique : 

  1. La vulnérabilité de personnes, régions ou systèmes au changement climatique est déterminée par le croisement : 1. D’une situation socio-économique, 2. D’une utilisation non durable des écosystèmes et 3. De contextes d’inégalité et de marginalisation. Dans les facteurs de vulnérabilité sont également cités, sans équivoque, les schémas historiques et permanents d’inégalités tel que le colonialisme.
  2. La dégradation de l’environnement accroît la vulnérabilité des personnes en nuisant à la capacité des écosystèmes, des sociétés, des communautés ou des individus de s’adapter au changement climatique.
  3. Les sociétés humaines sont plus vulnérables dans les zones où les gouvernements locaux, communautés et le secteur privé sont les moins à même de fournir des infrastructures et des services de base

Soulignant l’urgence d’agir le rapport rappelle également que : 

  • Plus les impacts du changement climatique sont importants, plus ils sont difficiles à gérer car ils peuvent se produire simultanément, interagir, et ainsi accroître la situation de risque.
  • Un dépassement du seuil de 1,5 °C confronterait de nombreux systèmes humains et naturels à des risques supplémentaires graves par rapport à un maintien en dessous de ce seuil.

Mesures d’adaptation et conditions favorables ;

S’il constate les progrès faits en termes d’adaptation au changement climatique, dans tous les secteurs, le rapport souligne que ces efforts sont inégalement répartis, largement insuffisants et que la priorité est trop souvent donnée aux actions immédiates dont la vision à court terme ne permet pas la construction d’une société résiliente ! 

Deux thématiques sont également mises en avant dans le rapport : 

  1. Celle de la faisabilité (cf. Figure 3) : Les solutions intégrées et multisectorielles qui s'attaquent aux inégalités sociales, différencient les réponses en fonction du risque climatique et traversent les systèmes augmentent la faisabilité et l'efficacité de l'adaptation dans de multiples secteurs.
  2. Celle de la capacité d’adaptation : La capacité d’adaptation humaine a des limites qui peuvent être physiques, financières ou liées à des contraintes de gouvernance institutionnelle et politique. Attendre, c’est réduire notre capacité à nous protéger et à préserver les écosystèmes des conséquences du changement climatique.

Pourtant, l’accélération de l’adaptation des systèmes humains et des écosystèmes au changement climatique ne peut se faire sans un engagement fort des cadres institutionnels et politiques et sans la mobilisation de ressources financières adéquates.

Figure 3 - Diverses réponses et mesures d’adaptation permettant de répondre aux principaux risques climatiques, avec des synergies variables avec les mesures d’atténuation (source : Figure SPM.4 du rapport du Groupe II du GIEC)

Cette figure présente le niveau de faisabilité et de synergie avec l’atténuation de plusieurs grandes mesures d’adaptation au changement climatique. Cette faisabilité est évaluée à l’échelle globale ainsi que par dimension (en bleu) : économique, technologique, institutionnelle, sociale, environnementale et géophysique. Le schéma propose également deux niveaux de lecture : 

  1. Le potentiel de la mesure d’adaptation en termes de faisabilité et de synergie, indiqué via la taille de la pastille (potentiel élevé : pastille de grande taille, potentiel faible : pastille de plus petite taille) ;
  2. Le niveau de confiance quant à ce potentiel, indiqué via la couleur de la pastille (bleu, niveau de confiance élevé, violet niveau moyen et gris niveau bas). 

Développement résilient au changement climatique.

Dans ce dernier chapitre, les auteurs et autrices rappellent que la résilience au changement climatique ne peut être atteinte qu’à certaines conditions : 

  1. Priorisation de la réduction des risques, de l’équité et de la justice dans les choix de développement faits par les gouvernements, la société civile et le secteur privé ;
  2. Intégration des processus décisionnels, des financements et des actions à tous les niveaux de gouvernance et dans tous les secteurs.
  3. Renforcement de la coopération internationale et de la collaboration des gouvernements avec les communautés, la société civile, les organismes d’éducation, les institutions scientifiques, les médias, les investisseurs et les entreprises ainsi qu’avec les groupes traditionnellement marginalisés comme les femmes, les jeunes et les enfants.

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