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15 avril 2026
Auteurs et autrices : Flore Bastelica
Contributeurs & contributrices : Julie Daunay

Monétariser les enjeux nature, un levier pour la résilience des acteurs économiques

L’économie mondiale est fortement dépendante de la biodiversité. D’après le World Economic Forum, plus de la moitié du PIB mondial dépend des services écosystémiques rendus par la nature[1] (exemple : fourniture d’eau et de biomasse, pollinisation, régulation du climat et du cycle de l’eau).

Source : World Economic Forum, 2020, Nature Risk Rising: Why the Crisis Engulfing Nature Matters for Business and the Economy

Dans le même temps, les activités économiques impactent fortement la nature, parce qu’elles impliquent la conversion d’espaces naturels, parce qu’elles contribuent à la surexploitation des ressources, aux pollutions, au changement climatique. En conséquence, le déclin de la biodiversité est rapide : selon l’UICN, le taux d’extinction des espèces est aujourd’hui 100 à 1000 fois plus élevé qu’au cours des temps géologiques passés[2]

Pourquoi faut-il agir maintenant pour préserver la nature ?

Le WWF estime que le déclin de la nature coûtera près de 500 milliards de dollars par an d'ici 2050, du fait de la dégradation des zones côtières (66% des pertes économiques), de la perte de stockage du carbone (26%), de la réduction de la disponibilité en eau pour l’agriculture, de la perte d’habitats pour les pollinisateurs et des services écosystémiques forestiers (8%)[3].

Pour enrayer l’érosion de la biodiversité, la mobilisation doit être massive et collective : redirection des flux financiers vers des secteurs plus vertueux (institutions financières), mises en œuvre de stratégies territoriales (acteurs publics) et corporate (entreprises), pression via l’évolution de leurs modes de vie et de consommation (citoyen·ne.s).

Agir pour préserver la nature constitue un coût à court terme pour les entreprises, mais qui reste inférieur au coût à venir si nous tardons à agir. L’IPBES estime que retarder d’une décennie les mesures relatives à la préservation et la restauration de la biodiversité pourrait doubler le coût d’une action immédiate[4].  

On entrevoit ici la tension frappante entre une logique de profit court-termiste et la nécessité d’opérer une transition des modèles d’affaires dans le temps long, en commençant dès à présent. Le vivant recouvre des réalités biologiques et une temporalité qui ne peut s’appréhender que dans ce temps long ; entre autres exemples, le cycle biologique d’une forêt est de plusieurs centaines d’années, et les pratiques vertueuses (exemple : îlots de libre évolution, diversité d’essences) montrent des effets bénéfiques pour la nature après plusieurs années, voire décennies.

À quels risques nature les entreprises sont-elles exposées ?

Les risques et opportunités sont la traduction des impacts et dépendances à la nature d’un point de vue business. En d’autres termes, ils retranscrivent les conséquences économiques de ces enjeux, pour guider la prise de décision d’une entreprise ou organisation.

Ces risques et opportunités résultent de deux problématiques distinctes. D'une part, les risques physiques traduisent la dépendance de l'entreprise aux services écosystémiques fournis gratuitement par la nature. D'autre part, les risques de transition découlent des impacts de l'entreprise sur la nature. L'occurence de ces risques peut entraîner des pertes financières lourdes pour l'entreprise.

Comment s’assurer que les entreprises prennent en compte les enjeux nature dans leur stratégie ? 

Pour s’assurer que le sujet soit considéré par les instances de direction, la cotation et la monétarisation des enjeux est cruciale. Parce que c’est le langage des comités exécutifs, parce que les décisions stratégiques sont pilotées par des enjeux financiers. 

Cet exercice de monétarisation peut se faire selon quatre approches, présentées ci-après.

Ces quatre approches demeurent complexes. Il n’existe à date pas de méthodologie standardisée pour les mettre en œuvre, le cadre réglementaire est fluctuant, instable, et les ressources bibliographiques restent limitées pour étayer ces analyses. Pourtant, les cadres de référence comme la TNFD et la précédente version de la CSRD (dommage !) recommandent de quantifier les effets des risques et opportunités nature sur les revenus, les dépenses, les flux de trésorerie, la valeur des actifs et passifs de l’entreprise, les sources de financement. 

Comment le cabinet Carbone 4 accompagne-t-il ses clients sur la monétarisation des enjeux nature ? 

Carbone 4 accompagne ses clients sur ces quatre approches de monétarisation des enjeux nature. À titre d’exemple, Carbone 4 a accompagné Auvergne-Rhône-Alpes Energie Environnement pour monétariser deux services écosystémiques rendus par la forêt d’Arlysère, en mobilisant l’approche par les coûts de substitution : la limitation du risque de chute de pierres, dont la valeur a été estimée à 180€ à 530€ par hectare de forêt à fonction de protection et par an, et la gestion de l’eau, représentant une valeur de 20€ par hectare de forêt totale et par an.

"L'étude a permis de comprendre que la forêt générait de nombreuses plus-values pour la collectivité et a été un premier travail d'acculturation pour les élu·e.s. Cela a permis d’augmenter le budget dédié aux opérations d’entretien des forêts."

Anaïs Pasteur-Godinot, Chargée de mission Trajectoires de transition, Auvergne-Rhône-Alpes Energie Environnement

Carbone 4 a développé une méthodologie de cotation et de monétarisation des risques et opportunités liés à la nature, alignée avec la nouvelle norme ISO Biodiversitéet les recommandations de la TNFD, qui mobilise chacune de ces approches. Différents scénarios peuvent être étudiés (par exemple un scénario business-as-usual et un scénario optimiste pour la biodiversité). Pour la cotation, plusieurs paramètres sont analysés : l’exposition, la sensibilité, l’horizon de temps et la probabilité d’occurrence du risque. L’analyse permet d’identifier les risques et opportunités significatifs, et de calculer l’impact monétaire potentiel de leur occurrence à un horizon de temps donné.  Le but ultime est de pouvoir aiguiller les prises de décisions stratégiques en comparant le coût de l’action à court terme et le coût futur à moyen-long terme en cas d’inaction.

Carbone 4 lance prochainement une étude de place pour enrichir son approche de monétarisation des enjeux climatiques et biodiversité. Nous cherchons des partenaires pour financer et co-construire ce travail méthodologique passionnant. N’hésitez pas à nous contacter pour rejoindre le projet !

Monétariser les enjeux environnementaux pose également la question du langage comptable. Comment concilier comptabilité et carbone pour passer à l’action ?  C’est ce que nous explorons dans notre prochain article sur le sujet.


Biodiversité
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Flore Bastelica
Cheffe de projet
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